Les enfants j’ai quelque chose de très important à vous dire. La chose la plus importante de toutes je crois.
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Vous savez, avant d’être la maîtresse que je suis aujourd’hui, j’ai appris mon métier pendant longtemps. Je veux dire qu’au début c’était beaucoup plus difficile pour moi.
Quand la prochaine maîtresse arrivera, elle commencera. Ce sera difficile pour elle, comme ça l’a été pour moi au début. Je veux vous dire que vous devrez l’aider à apprendre son métier de maîtresse, l’aider parce que vous serez ses premiers élèves, et parce que vous savez comment ça s’est passé avec moi.
Alors si vous voulez me faire un vrai cadeau d’adieu, c’est en retenant ce que je vous dis là.
Si votre nouvelle maîtresse fait quelque chose de travers, vous devrez lui dire des choses comme : « ce n’est pas grave maîtresse ! Et si tu faisais comme ça ? Ou comme ça ? » Et si vous n’avez pas d’idée vous pouvez toujours lui dire : « là ça n’a pas marché mais je suis sûr que tu va trouver une meilleure solution ! »
Et plus important encore : si l’un ou l’une d’entre vous devient insupportable avec elle, ou même avec vous, vous devrez aider la maîtresse à s’arranger avec cet élève qui met le bazar.
Vous n’aurez même pas besoin de dire que c’est moi qui vous a dit de faire comme ça : « écoute Tartempion ça va bien maintenant, arrête tes bêtises et laisse machin ou machine tranquille, d’accord ? »
Et les autres vous devrez vous aussi vous faire entendre pour calmer Tartempion et pour aider la maîtresse à tenir la classe.
Le plus beau cadeau que vous pouvez faire à une maîtresse c’est de l’aider à faire bien son travail, surtout si elle n’y arrive pas. Et même si elle ne vous remercie pas : elle
vous remerciera plus tard, bien plus tard.
Si le projet de loi sur les retraites est voté le 10 juin prochain (2003) et appliqué, nous perdrons de 2 ans et demie à 3 ans de salaire au terme de notre
espérance de vie (calculs effectués par des économistes d’attac*). Pendant ce temps si rien n’est fait, les revenus du capital continueront de progresser au détriment du revenu du travail. Et les
inégalités croîtront encore.
Produire 15 % de l’énergie sous forme d’énergie renouvelable d’ici 2010, cet objectif n’a pas été fixé à Johannesburg.
Et alors ? Sommes-nous obligés d’attendre une telle décision, venant de nos « décideurs », pour nous fixer nous-mêmes et atteindre cet objectif et même un objectif plus haut ?
Comment ? Par exemple en passant par le monde associatif et le mouvement citoyen. Autant que la citoyenneté serve à quelque chose !
Les critiques du FMI ne disent jamais qu’une égalité relative (écarts de richesse entre 1 et 3, 1 et 10, peu importe) relancerait la consommation et les emplois, et que ça résorberait le chômage. Ces critiques ne disent donc jamais que, si on renverse le problème de la feignantise des chômeurs, on se rend compte que ce sont bien en réalité ces inégalités excessives qui sont la source du chômage.
De toute façon, il faut non pas relancer mais réduire la consommation. Ce qui n’est pas incompatible avec une réduction importante des inégalités, mais qui par contre doit s’accompagner d’un effort sans précédent pour développer la sobriété comme valeur de survie.
Et là, nous tirons sur quelle ficelle ? Sur celle de la capacité à se contenter de ce que l’on a, sur l’urgence de boycotter la publicité et de jeter sa télé à la poubelle, sur le recours à la terre et à une vie simple.
Nous tirons sur la ficelle qui nous fera retrouver l’harmonie universelle que l’on peut ressentir en lisant Luis Ansa ou Jérémy Narby, cette harmonie qui n’est pas la séparation entre l’homme consommateur et la nature consommée et pillée mais selon laquelle au contraire l’homme et la nature sont complémentaires. Et cette attention se traduira par l’élévation du niveau de conscience des individus, par un plus grand respect de la vie en général, par une redécouverte du sens du sacré (qui est encore plus facile dans la nature que dans les églises), et par un retour du spirituel ; ce spirituel au sens où Dieu, c’est nous, Dieu, c’est la nature, et ce spirituel selon lequel le sens du sacré ne doit pas, ou pas seulement, être recherché dans la prière, mais dans tous les actes et tous les instants de la vie quotidienne.
Finalement André Malraux aura peut-être bien eu raison à propos du retour du spirituel au XXIème siècle, pas forcément là où on l’attendait, je veux dire dans les mouvements sectaires et fanatiques, mais plutôt là où on ne l’attendait pas : le dénuement.
5-26 septembre 2002
Petite synthèse acerbe de la grande escroquerie cynique
On a pu lire et entendre un peu partout depuis 1996 que les 358 personnes les plus riches de ce monde possédaient autant que les 2,3 milliards d’individus les plus pauvres. (
Et on peut lire dans la revue « Silence ! » de mars 2003 que ‘les 225 patrimoines les plus élevés de la planète possèdent autant que les 2,5 milliards les plus pauvres, soit 47 % de la
population totale.’ Comme quoi l’écart continue bien à se creuser.)*
Comme on sait aussi que la majorité de l’humanité vit dans des pays à
la fois pauvres et totalitaires, on peut en conclure que plus de la moitié de l’humanité n’a pas son mot à dire quant à ces inégalités puisqu’elle ne participe pas au débat
démocratique.
Quant à la minorité restante des privilégiés, habitants des pays riches et
démocratiques, plus de 50% d’entre eux votent pour des politiques qui maintiennent cet état de fait inégalitaire. D’ailleurs on n’a pas vraiment le choix : la seule alternative qui nous est
offerte par l’environnement médiatique est une alternative qui, elle aussi, justifie les inégalités citées plus haut.
Certes, d’autres choix échappent à ce contexte
médiatique formaté : des partis politiques minoritaires souvent qualifiés d’extrémistes (ce qui renforce, voire explique leur situation minoritaire), soit l’abstention, soit l’implication
dans des structures non politiques, associatives, caritatives etc. Mais pendant ce temps d’engagement, les urnes ont été remplies, la messe a été dite.
Rares sont ceux qui sont capables d’entendre qu’il y
a un lien entre richesse des uns et pauvreté des autres. Car tirer sur ce genre de ficelle renvoie à des frayeurs comme nivellement par le bas, uniformité, communisme, morne plaine et j’en passe.
Prenez l’expression « appauvrir les plus riches » par exemple, ce n’est pas bon, ça fait peur. Laisser des milliards de pauvres mourir de faim, on a l’habitude, mais prendre la
décision, proposer ou seulement envisager d’appauvrir les plus riches, minoritaires, c’est impensable.
« Nous voulons des sous », oui, ça c’est
correct. Mais demander à qui nous prendront ces sous, c’est déjà tabou. Si en plus, on suggère de les prendre aux plus riches, alors là c’est extrémiste.
Du coup, quand on y parvient, à avoir des sous en
plus, c’est en les prenant dans le pot commun. Et on déshabille Pierre pour habiller Paul. Alors que Charles, Ernest-Antoine, Édouard et François-Xavier, intouchables, ont sur le dos cinq
manteaux de fourrure et quinze pardessus.
À part ça, nous vivons dans un pays, dans des pays
démocratiques. La démocratie ! Quelle valeur ! Quel refuge !
Comment les dire, ces choses-là ? À qui ? « D’où tu parles, toi ? Extrémiste ! »
Elle est belle, la démocratie ! Passer sa vie à
voir tous ces pauvres mourir – y compris dans des pays riches – et passer sa vie à voir tous ces gens accepter ça sans broncher parce que « le nivellement par le haut, c’est bien
mieux », franchement, ce n’est pas joyeux.
La démocratie, c’est un processus de décision collective à l’échelle d’une nation et au-delà. Notre démocratie est
foutue, puisqu’on ne parvient pas à décider autre chose que des fusions d’entreprise et des plans de licenciements, juteux pour seulement quelques actionnaires minables qui ne se rendent pas
compte, ou s’en foutent, que leur jeu fait des morts à l’autre bout de l’axe économique.
Alors il existe d’autres voies que la démocratie à
grande échelle : c’est d’une part la démocratie locale, participative, comme à Porto-Alegre (1,3 millions d’habitants) ou au Chiapas (grand comme la Bretagne) ou dans des écoles qui
pratiquent la pédagogie institutionnelle (« L’école avec Françoise Dolto », en poche). Et c’est d’autre part le détachement progressif de la servilité salariale (encore heureux quand on
a un boulot) pour retrouver dans tous les domaines de la vie une autonomie solidaire, faite d’échanges de proximité.
Le défrichage de ces deux voies est la seule issue,
la seule stratégie possible. Mais tout est à faire. À commencer par la sobriété, et le culot. Avoir le culot de rouler à l’huile de friture avec une voiture diesel.
5 septembre 2002
* On sait aussi pour l’avoir entendu ici et là que les 3 personnes les plus riches au monde possédaient, il y a peu, autant que le PIB des 48 pays les plus pauvres. « Possédaient » car depuis ça doit être pire.