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26 mars 2006 7 26 /03 /mars /2006 20:11

Le retrait du CPE : et après ?

Le creusement des inégalités économiques

est la cause de nos problèmes actuels

et le libéralisme nous empêche de le dire

 

Le 17 mars 2006 au matin sur France-Culture, Olivier Pastré, dans sa chronique économique, conclut qu’il faut « évidemment » privatiser l’eau – seuls 3% de l’eau sont privatisés au monde et ce n’est pas du tout suffisant – et que si chacun donnait un centime d’euro sur chaque euro dépensé en eau ça résoudrait beaucoup de problèmes.

 



Première remarque.

Manifestement il n’a pas entendu, et c’est bien dommage, l’émission de Daniel Mermet « Là-bas si j’y suis » du 9 mars sur de France-Inter (17h06 à 18h en semaine), qui portait sur 3 reportages télé sur Arte à 15H45 les 16, 23 et 30/03. Sujet : la privatisation de la poste, de la SNCF et d’EDF.

Face à la déréglementation d’EDF, l’un des deux invités, Gilles Balbastre, citait un canadien qui disait qu’en matière d’électricité nous n’avions pas besoin de choisir un opérateur : nous n’avons besoin que de sécurité et d’électricité bon marché. Or la déréglementation, quoiqu’en disent ses défenseurs, apporte l’inverse.
Ainsi en Floride un black out – noir total – artificiel a été provoqué par les distributeurs d’électricité qui ont fait chanter le Payeur Public en lui disant : tu payes (plus cher) ou c’est la catastrophe économique due à une prolongation du black out. Le Payeur Public a payé.

 

Le second invité concluait en exposant la véritable motivation des défenseurs de la déréglementation : privatisation des profits, socialisation des pertes.

Dans la même veine on apprenait que la facture électrique de la SNCF a augmenté de 50% depuis 2002 et a été répercutée sur le prix des billets.

Alors Olivier, toujours autant emballé pour privatiser à tout va ?

 

Deuxième remarque.

Olivier Pastré n’est-il pas au courant que les milliards d’euros nécessaires pour résoudre les problèmes de l’eau – ainsi que plein d’autres problèmes : sociaux pour commencer – sont stockés dans les coffres bancaires sur des comptes numérotés anonymes et gonflent chaque année inexorablement (augmentation de 87 milliards d’euros de bénéfices pour le CAC 40 en 2005) ?

Si, il est au courant.

Alors pourquoi s’obstine-t-il à vouloir que tous, même les pauvres et les classes moyennes, mettent la main à la poche, contribuant à creuser les inégalités économiques ? Sûrement parce qu’il croit que cette solution est plus facile à mettre en place que de prendre au portefeuille des plus riches, d’accord. Mais il échappe à une question fondamentale :

 

Troisième remarque sous forme de question.

Et si ce creusement des inégalités était la cause de la raréfaction de l’eau potable et des autres problèmes modernes dus à une idéologie individualiste et à court terme ? Privatisation des profits, socialisation des pertes.

En croyant résoudre le problème, il l’aggrave. Grave !

 

Quels arguments pour affirmer cela ?

En voilà deux.


Un.

Le libéralisme refuse les processus de décision collective ouverte à tous – sauf le vote évidemment : « vote et tais-toi ! » Exemple : le référendum sur le traité européen. Même au plus haut niveau à Bruxelles il n’y a pas de concertation : les choix se font parce que tout le monde (dans les lobbies à Bruxelles)  va dans ce sens – le sens de la déréglementation et de la libre concurrence des marchés. Du coup les choix économiques sont pris quand ils enrichissent les investisseurs (sur le dos des autres), avec des effets dramatiques aux niveaux social et environnemental. L’exemple le plus criant est le recours à la main d’œuvre sous-payée en Chine et en Inde avec des produits qui voyagent au pétrole, accélérant l’effet de serre, et avec des marges de 800% ! « Va voir là-bas si j’y suis ».


Deux.

Le libéralisme nous impose une chape de plomb (qui commence à se lézarder) dans laquelle tout est joué, et où en matière de décision collective tout le monde attend quelqu’un d’autre pour agir – pour Kyoto nous attendons Bush mais ce n’est que le gros arbre qui cache la forêt. Tout projet de fixer collectivement des objectifs dans l’intérêt de tous – et non pas du plus grand nombre – du genre : enrayer vraiment les déséquilibres écologiques, efficacement, rapidement ; du genre : faire une place économique pour tous ; tous ces projets sont d’avance taxés de… communisme, abusant jusqu’à plus soif de la confusion entre le sens… commun du terme : mettre quelque chose en commun ou prendre une décision en commun et après concertation, et le sens… soviétique : le stalinisme et les goulags.

On ne peut pas parler, ni de communisme (au sens commun du terme), ni de décision concertée entre tous, ni de démocratie participative (non dévoyée comme c’est si souvent le cas hélas) sans être considéré comme étant sympathisant du Parti Communiste, lui-même porte-drapeau obligatoire des goulags.


Ainsi, tout objectif garantissant une place pour tous – l’espace et le social – et pour sept générations à venir – le temps et l’écologie – est tué dans l’œuf.

 


Inégalités économiques sans cesse accrues et impossibilité de s’y opposer : là est l’autocensure collective dénoncée entre autres par Georges Orwell, Aldous Huxley et aujourd’hui par Philippe Val ; là est LA Matrice.

 

Et l’on entend de toute part :  « il n’y a plus de projet politique ».

Et pourtant…

 


À combien se chiffre la quantité d’argent mondial (relativement stable) ? Et quel mode de calcul choisir ? La somme des PIB de tous les pays du monde ? Allons-y. Nous trouvons X millions de milliards d’euros.

Bien. On divise par 6,3 milliards d’êtres humains, ça nous fait une moyenne de Y euros par an et par habitant.

Et là on peut imaginer le programme politique suivant :

- pour les plus pauvres, un objectif de multiplier par 10 leur niveau de vie (de 1 euro par jour, ils passeraient à 10) ;

- pour les plus bas salaires occidentaux, un objectif de revalorisation du SMIC à deux fois ce qu’il est aujourd’hui ;

- pour les plus hauts revenus, par exemple 3 fois ce nouveau SMIC, donc six fois le SMIC actuel.

« Trois SMIC ! Il est fou ! »

Peu importe 3 SMIC : ça peut être 7, 10, ou même 20 ; ça sera toujours mieux que 1090 ou 5000. D’ici qu’on en soit arrivé là, à commencer par inverser la tendance actuelle d’accroissement exponentiel des inégalités économiques, de l’eau aura coulé sous les ponts ;

- tout le reste du pognon est géré collectivement, la moitié pour les États, l’autre pour les collectivités territoriales qui auraient en charge d’organiser des budgets participatifs pour décider des investissements dans tous les domaines ; plus personne ne serait ni privé ni fonctionnaire : tout serait concerté… comme dans bon nombre de sociétés traditionnelles dis donc !

 

Quelles échéances ? On se donne deux ans pour promouvoir le projet au niveau international, un an pour le concevoir techniquement, et 5 ans pour le mettre en place progressivement.

Donc à échéance 2014, si l’objectif est atteint on peut lancer une seconde phase : rehausser davantage le niveau de vie des plus pauvres.

 

« Ah oui mais alors la Bourse dans tout ça, qu’est-ce qu’elle devient ? C’est pas possible, on ne peut pas supprimer la Bourse ! » Quand je vous disais que le libéralisme était une chape de plomb ! Ben si, on peut « supprimer » la Bourse : d’une manière light en lui faisant, progressivement elle aussi, respecter les même critères, 3 SMIC maximum.

 

Au fait, la taxe Tobin et ATTAC dans tout ça ? Ça fait un peu mièvre… En revanche, la suppression des paradis fiscaux est plus qu’à l’ordre du jour : qui sait aujourd’hui que les comptes numérotés ont été créés pendant la seconde guerre mondiale pour mettre les biens de juifs hors de portée des nazis ? La menace des nazis n’existe plus, que je sache…

 

Et quand le CPE sera retiré, qu’est-ce qu’on fera ?

Ben on fera qu’il est temps d’être plus ambitieux dans nos projets, nos objectifs, nos exigences.


Pour finir : des écarts de revenus de 1 à 6 (si le RMI occidental est fixé à un demi SMIC), ça permet :

- de mieux supporter le fait d’être au RMI tout en étant stimulé pour un emploi payé au SMIC (doublement de niveau de vie) ;

- de refuser plus facilement des conditions de travail inhumaines ;

- de choisir plus facilement son travail et donc son lieu de travail et donc ses déplacements et donc de limiter les émissions de gaz à effet de serre – tiens, pas con !

- de revaloriser les métiers artisanaux et traditionnels ;

- de favoriser le retour à la campagne ;

- de choisir plus fréquemment des temps partiels pour donner plus de sens à sa vie ;

- de subvenir plus facilement à ses besoins à condition d’habiter à la campagne (jardin potager, réseaux d’échange de proximité) ;

- de se libérer de la société de consommation ;

- …

 

Ça ne va pas plaire à tout le monde ? On s’en fout si ça fait vivre tout le monde !

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Published by Gorge Rouge - dans jade
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