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4 septembre 2005 7 04 /09 /septembre /2005 00:20

 


Parmi les blocages qui nous ôtent quasiment toute implication face à notre destin (on attend un Sauveur alors que chacun(e) de nous est un sauveur potentiel, encore faut-il s’y mettre et y croire, Rome ne s’est pas faite en un jour), on peut repérer les sept verrous suivants :
 
1 - L’inhibition par procuration. « On ne peut pas changer les gens ! » Alors que c’est soi-même qu’il faut changer, mais quand je prononce cette phrase je m’ôte toute individualité et je renonce « au nom des autres » comme disait Jehan Jonas, cet immense chanteur, disparu aujourd’hui, censuré et oublié parmi tant d’autres.

2 - Très proche du précédent blocage : la fatalité naturelle et inévitable. Les choses sont ce qu’elles sont on n’y peut rien, c’est naturel, nous vivons dans le meilleur des mondes possibles. Or trop peu de gens savent que dès la première guerre mondiale des millions de dollars ont été investis dans des fondations et institutions de propagande libérale. Aux Etats-Unis « entre 1990 et 93, quatre magazines néo-libéraux parmi les plus importants ont reçu 27 millions de dollars en contributions "charitables" , pendant que les quatre seules revues progressistes américaines d’audience nationale n’ont collectivement bénéficié que de 269 000 $ » (100 fois moins). « Des Fondations reposant sur de grandes et anciennes fortunes industrielles américaines financent aussi des chaires dans les universités les plus prestigieuses des Etats-Unis. Exemple : la Fondation Olin pour l’entreprise privée, 55 millions de dollars en 1988. Le généreux donateur nomme les professeurs qui vont occuper les chaires et diriger les centres d’études. » Ainsi on trouve des « chaires Olin dans les universités Harvard, Yale, Stanford, Chicago, parmi beaucoup d’autres. »
 
Cet argent permet également d’organiser des débats créés de toute pièce à grand renfort de publicité, « le "débat" ainsi lancé par quatre bénéficiaires de fonds Olin autour d’une conférence Olin dans une revue Olin se retrouve dans les pages du New-York Times, du Washington Post et de Time ». (source : le Monde Diplomatique, août 1996 p.16-17).
 
Seule solution à cette omniprésence télé-guidée d’une idéologie qui n’est en rien ni inévitable ni naturelle : la recherche d’autres sources d’information pour une nouvelle naissance de l’être, une information alternative, plus optimiste, plus dynamisante. De ce point de vue, quelques mouvements écologistes concrets, pratiques, sont des pionniers. On pourra citer parmi d’autres la revue Silence disponible dans les magasins biologiques ainsi que Biocontact disponible gratuitement dans les Biocoop, et un site : http://www.passerelleco.info/ associé à la revue du même nom.
 
 
3 - Le bonheur individualiste. Demandez autour de vous ce qu’évoque le bonheur : si vous trouvez quelqu’un qui vous dit que son bonheur personnel ne le préoccupe plus parce qu’il est atteint et assouvi mais qu’il s’intéresse plutôt au bonheur de ceux qui l’entourent, dîtes-vous que vous venez de tomber sur la perle rare.
 
4 à 6 - Trois verrous d’ordre économique. Le premier : vous êtes-vous demandé quelle était la stabilité de la quantité d’argent mondial ? Est-elle stable ? Diminue-t-elle ? Augmente-t-elle ? De combien ? 10% par an ? 20% ? 50% ? Cette question n’est jamais posée et pourtant, les très riches (les 3 personnes les plus riches au monde possèdent une fortune équivalente au PIB des 48 pays les plus pauvres) ont une fortune dont la progression dépasse largement les 10% par an. C’est cela la réponse : un accroissement de 10% environ de la masse d’argent mondial. Pour exemple, les entreprises multinationales du CAC 40 ont engrangé 57 milliards d’euros de bénéfices en 2004, soit 55% d’augmentation par rapport à 2003. Autrement dit puisque la quantité d’argent global est limitée, les plus riches s’enrichissent sur le dos des autres : classes moyennes et plus pauvres. C’est mathématique .
 
De plus, la plupart du temps les données économiques sont fournies en monnaie constante, ce qui revient à annuler l’effet de cette hausse annuelle de 10%, et du coup le moindre enrichissement se fait sur le dos des autres. Quand il y a alternance - un coup je m’enrichis, un coup je m’appauvris –ce n’est pas gênant mais la réalité de la minorité nantie est tout autre.
 
On ne se rend pas compte de la proportion démesurée de ces vases communicants, de ces pompes à fric, de ces champignons monétaires qui créent partout, quoiqu’en disent les libéraux intégristes, de la précarité, de la pauvreté et de la mort, y compris dans les pays développés.
Mais quand on a écho de cette réalité, on ne tarde pas à revenir au blocage n° 1 : « Qu’est-ce que je peux y faire ? » Comme si les solutions devaient toujours venir des autres, ces autres qui ne réagissent pas non plus.
 
5 - Second blocage économique : si il est tellement riche, tant mieux pour lui. Amateurs de Bandes Dessinées, ce dialogue vous rappelle-t-il quelque chose ?
- R : Je suis comme je suis parce que j’ai choisi de vivre une vie pleine d’argent, de femmes et de belles choses. Toutes choses coûteuses…Pour les avoir, je dois voler…
- N : En fait… Tu es un voleur !
- R : Évidemment. Mais, contrairement à certains hommes qui font un choix politique en s’enrichissant sur les masses et en accumulant leurs richesses dans des banques suisses, moi, tout ce que je vole, je le dépense tout de suite. Je fais rouler l’argent…Il y a des tas de gens qui vivent grâce à ce que je dépense après un vol… (1)
Le « tant mieux pour lui » s’accompagne ainsi trop souvent d’un « tant pis pour nous » dont nous ne mesurons pas l’ampleur.
 
6 – Troisième blocage économique : il est peut-être très riche mais ça crée des emplois. Voyons ce qui se passe du côté des 200 premières entreprises de la planète : elles devraient avoir créé un sacré nombre d’emplois, puisque leur chiffre d’affaire représente plus du quart de l’activité économique mondiale. Or elles n’emploient que 18,8 millions de salariés, soit moins de 0,75% de la main d’œuvre planétaire ! (Source : le Monde Diplomatique, janvier 1997, p.1)
 
Autre exemple : ce cher Bill Gates. Microsoft faisait, en 1997, un bénéfice de 3,5 milliards de dollars (le Monde Diplomatique, janvier 1998 p. 26). En tenant compte de la différence entre le SMIC et le RMI (1217,91 € - 425,40 € = 792,51 € x 12 mois = 9510,12€ par an), cette somme permettrait de faire passer chaque année 368 029 RMIstes au SMIC à temps plein (3,5 milliards divisés par 9510,12). Les bénéfices d’une seule société ‘pèsent’ 368 000 personnes au chômage !
 
Combien il embauche de personnes Bill Gates ? 22 300 (toujours en 1997). Si on y ajoute 95% de sa fortune personnelle et 80% du salaire de ses 22 300 employés, ces 368 029 personnes pourraient être payées non pas au SMIC mais le double, le triple ? Et si on élargit le raisonnement aux 200 premières entreprises de la planète, ainsi qu’aux 200 plus grosses fortunes du monde du show-biz et du sport, on peut parier que ce n’est pas un pays comme la France qui peut sortir la tête de l’eau (elle peut très bien résoudre le problème avec ses propres richesses), ce sont l’ensemble des pays dits "sous-développés".
 
7 - Dernier verrou à faire sauter parmi d’autres encore, le plus important sans doute, c’est pourquoi je termine par lui : la prison affective dans laquelle nous habitons chacun d’entre nous avec des murs plus ou moins épais et dont il est si difficile de se libérer. Certains travaillent dessus, ça coûte cher la plupart du temps et c’est réservé à une minorité. Pourtant plein de moyens existent qui permettent d’avancer dans le labyrinthe angoissant de nos émotions retenues. Je vous en propose quatre : un CD audio de Jacques Salomé intitulé « Vivre la tendresse au quotidien » et les travaux d’Isabelle Filliozat (site : http://www.filliozat.net  ), Serge Tisseron et Marcel Rufo.
 
 
Une fois ces verrous levés, on peut parier que de nombreuses solutions émergeront (voir « L’impensable » annexe 3 ). Il restera à retenir les plus pacifiques. En voici une en guise d’exemple. On créé une société sous statut d’économie sociale et solidaire (ESS) ayant pour vocation de recueillir et redistribuer des fonds. Il s’agit de dons spontanés sollicités en priorité auprès des grandes fortunes, mais également auprès de quiconque voudra donner ce que bon lui semble. 10% de ces fonds seront affectés à la gestion de la structure. Dix autres pour-cent financeront un groupe de 22 personnes maximum, représentatives de la population (on peut imaginer de passer par un institut de sondage), qui auront pour tâche de décider en concertation de l’affectation des 80% de fonds restants. Ainsi ils pourraient décider d’affecter 40% à la lutte contre le réchauffement et la dégradation de la planète (voir ‘Scénario fictif optimiste’ au début de « Démocratie participative et écologie » annexe 1), 10% à la lutte contre la pauvreté, 10% à la transformation des entreprises en structures d’ESS, 5% à la promotion de la structure et à la création d’antennes dans les 5 continents etc.. … (il reste ici 15% à ventiler)
 
 
Remarque :
une redistribution financière massive, supérieure à celle qui pourrait être impulsée via cette société d’ESS, est un préalable obligatoire à toute modification d’ampleur de nos modes de vie (modification préparée à l’avance ou subie, comme par exemple les conséquences prochaines de l’inévitable explosion exponentielle du prix du pétrole au fur et à mesure de sa raréfaction). Pour simple exemple, la suppression de tous les emplois induits par la disparition de l’automobile-pétrole ne poseront pas de problème majeur si toute cette population concernée perçoit un revenu lui permettant de vivre et de s’investir dans des activités de proximité et d’entraide (voir « Idée simpliste », annexe 2). Retour au moyen-âge diront certains (nombreux)… Je sais mais, un, nous n’aurons pas le choix ; deux, on peut faire en sorte que ce soit un moyen-âge d’or sans les seigneurs-saigneurs et avec les avantages de la technologie moderne quand elle n’est pas polluante ; et trois, le gain de "bonheur" est inestimable entre le mode de vie majoritaire que nous connaissons actuellement en occident et un mode de vie traditionnel plein de solidarité de proximité. Finalement le progrès et la décroissance sont compatibles (voir annexe 4).
 
 
(1) C’est Raspoutine et Nino (Ferrer) dans ‘Corto Maltese en Sibérie’ (1979) p. 76. La bulle suivante vaut également le détour. Merci Hugo Pratt.
 
23 août – 4 septembre 2005
 
 
 
Annexes
 
2 Idée simpliste (6 décembre 2004)
3 L’impensable (28 octobre 2004)
4 La C…  (13 décembre 2004)
6 Retrouver un mode de vie naturel (3 novembre 2005)

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Published by Gorge Rouge - dans jade
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