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5 septembre 2002 4 05 /09 /septembre /2002 18:56

Petite synthèse acerbe de la grande escroquerie cynique

 

 

            On a pu lire et entendre un peu partout depuis 1996 que les 358 personnes les plus riches de ce monde possédaient autant que les 2,3 milliards d’individus les plus pauvres. ( Et on peut lire dans la revue « Silence ! » de mars 2003 que ‘les 225 patrimoines les plus élevés de la planète possèdent autant que les 2,5 milliards les plus pauvres, soit 47 % de la population totale.’ Comme quoi l’écart continue bien à se creuser.)*

            Comme on sait aussi que la majorité de l’humanité vit dans des pays à la fois pauvres et totalitaires, on peut en conclure que plus de la moitié de l’humanité n’a pas son mot à dire quant à ces inégalités puisqu’elle ne participe pas au débat démocratique.

Quant à la minorité restante des privilégiés, habitants des pays riches et démocratiques, plus de 50% d’entre eux votent pour des politiques qui maintiennent cet état de fait inégalitaire. D’ailleurs on n’a pas vraiment le choix : la seule alternative qui nous est offerte par l’environnement médiatique est une alternative qui, elle aussi, justifie les inégalités citées plus haut.


           
Certes, d’autres choix échappent à ce contexte médiatique formaté : des partis politiques minoritaires souvent qualifiés d’extrémistes (ce qui renforce, voire explique leur situation minoritaire), soit l’abstention, soit l’implication dans des structures non politiques, associatives, caritatives etc. Mais pendant ce temps d’engagement, les urnes ont été remplies, la messe a été dite.

 


           
Rares sont ceux qui sont capables d’entendre qu’il y a un lien entre richesse des uns et pauvreté des autres. Car tirer sur ce genre de ficelle renvoie à des frayeurs comme nivellement par le bas, uniformité, communisme, morne plaine et j’en passe. Prenez l’expression « appauvrir les plus riches » par exemple, ce n’est pas bon, ça fait peur. Laisser des milliards de pauvres mourir de faim, on a l’habitude, mais prendre la décision, proposer ou seulement envisager d’appauvrir les plus riches, minoritaires, c’est impensable.

 




           
« Nous voulons des sous », oui, ça c’est correct. Mais demander à qui nous prendront ces sous, c’est déjà tabou. Si en plus, on suggère de les prendre aux plus riches, alors là c’est extrémiste.

 


           
Du coup, quand on y parvient, à avoir des sous en plus, c’est en les prenant dans le pot commun. Et on déshabille Pierre pour habiller Paul. Alors que Charles, Ernest-Antoine, Édouard et François-Xavier, intouchables, ont sur le dos cinq manteaux de fourrure et quinze pardessus.


           
À part ça, nous vivons dans un pays, dans des pays démocratiques. La démocratie ! Quelle valeur ! Quel refuge !

 

             Comment les dire, ces choses-là ? À qui ? « D’où tu parles, toi ? Extrémiste ! »

 


           
Elle est belle, la démocratie ! Passer sa vie à voir tous ces pauvres mourir – y compris dans des pays riches – et passer sa vie à voir tous ces gens accepter ça sans broncher parce que « le nivellement par le haut, c’est bien mieux », franchement, ce n’est pas joyeux.

           
La démocratie, c’est un processus de décision collective à l’échelle d’une nation et au-delà. Notre démocratie est foutue, puisqu’on ne parvient pas à décider autre chose que des fusions d’entreprise et des plans de licenciements, juteux pour seulement quelques actionnaires minables qui ne se rendent pas compte, ou s’en foutent, que leur jeu fait des morts à l’autre bout de l’axe économique.

 


           
Alors il existe d’autres voies que la démocratie à grande échelle : c’est d’une part la démocratie locale, participative, comme à Porto-Alegre (1,3 millions d’habitants) ou au Chiapas (grand comme la Bretagne) ou dans des écoles qui pratiquent la pédagogie institutionnelle (« L’école avec Françoise Dolto », en poche). Et c’est d’autre part le détachement progressif de la servilité salariale (encore heureux quand on a un boulot) pour retrouver dans tous les domaines de la vie une autonomie solidaire, faite d’échanges de proximité.

 


           
Le défrichage de ces deux voies est la seule issue, la seule stratégie possible. Mais tout est à faire. À commencer par la sobriété, et le culot. Avoir le culot de rouler à l’huile de friture avec une voiture diesel.

 


5 septembre 2002

 

 

* On sait aussi pour l’avoir entendu ici et là que les 3 personnes les plus riches au monde possédaient, il y a peu, autant que le PIB des 48 pays les plus pauvres. « Possédaient » car depuis ça doit être pire.

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Published by Gorge Rouge - dans jade
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commentaires

Jean-Baptiste 26/03/2008 12:03

Sympa vôtre blog. Il faudrait que plus de gens prennent conscience du réchauffement climatique.(je suis un éléve du collège de bueil que vous avez rencontré mercredi.)

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