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1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 11:00

Ce blog correspond à l'onglet Evreux sur www.transitionfrance.fr.

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J'ai déjà tenté par ailleurs  de comprendre pourquoi ce qui me paraissait si évident et que j'exprime sur ce blog ne l'est manifestement pas pour tout le monde.

 

Il me semble utile d'y revenir, en apportant de nouveaux arguments à ma réflexion.

 

Et ce sera l'occasion de synthétiser mes analyses, faisant suite à mes récentes propositions synthétisées grâce à ce mystérieux inconnu :  Choque.

 

« Annonce du plan »

comme on dit à l'école.

 

Partie 1 : ce qui me paraît évident.

 

Partie 2 : ce qui peut expliquer pourquoi cette évidence est si peu partagée.

 

Fin de l'introduction.

Développement.

 

 

Ce qui me paraît évident.

 

L'après pétrole, l'après uranium, l'après gaz, en somme l'après énergies fossiles a déjà commencé, et nous avons des solutions merveilleuses pour en sortir grandis, en inventant une société harmonieuse et défossilisée, en changeant radicalement nos modes de vie, sans pour autant retourner au moyen-âge mais en entrant dans un âge d'or convivial, acceptant tout le monde. Les techniques douces sont suffisamment nombreuses pour éviter les souffrances d'antan, sans aucun recours aux énergies fossiles. Et la réinvention de modes de vie collectifs peuvent nous faire redécouvrir le bonheur de vivre ensemble. Tout ce bonheur à portée de main et accessible à tous est décrit de mille façons dans ce blog, je ne m'étends pas davantage.

Cette évolution est non seulement heureuse mais inéluctable, encore faut-il s'y préparer pour qu'elle ne soit pas douloureuse.

 

Fin de la première partie.

Courte, cette première partie.

 

Phrase de transition :

 

Évident ce qui vient d'être dit ? Ho que non ! Pour moi, certes, mais pour les autres ? Pour vous, lectrice ? Pour toi, lecteur ? Qu'est-ce qui te retient à tes représentations fossilisées, pétrolières, dominatrices, publicitaires, consuméristes, croissancistes ?

 

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Partie II

(en chiffres romains, ça fait intellectuel)

 

Ce qui peut expliquer pourquoi cette évidence est si peu partagée.

 

Ici encore, sur ce blog, j'ai souvent tenté de répondre à cette question en regroupant mes écrits dans la rubrique vitre. (Voir  mode d'emploi)

 

Ce qui motive ce texte aujourd'hui est un pas de côté par rapport aux écrits précédents.

 

Autant jusqu'à présent mes réflexions découlaient d'une espèce d'empathie vis-à-vis de mes interlocuteurs, je voulais répondre à leurs – à vos – arguments, me situant dans une approche dialectique, intellectuelle, logique, tout ce qu'on voudra.

 

Autant aujourd'hui je voudrais vous faire partager ce qui m'a amené à mes convictions.

 

Ce qui m'a convaincu vous convaincra peut-être, qui sait ?!

 

 

Bon. La seconde partie sera plus longue que la première. Vous voilà prévenues. Une femme avertie en vaut deux.

 

Au début j'étais un idéaliste épris de justice, militant d'extrême gauche « classique » mais pas si classique que ça puisque :

- les manifs m'emmerdaient et me semblaient inutiles de chez inutiles, j'y allais uniquement pour discuter mais je partage entièrement Pierre Desproges quand il dit, dans cette tirade découverte récemment, que même si c'était pour sauver son fils de la mort il n'irait pas manifester ;

- les discours d'extrême gauche me semblaient complètement à côté de la plaque, sinon ils auraient rencontré des succès, non ?

- les discours d'extrême gauche me semblaient complètement à côté de la plaque pour cette autre raison : c'est qu'ils tournaient en boucle comme un vieux vinyle rayé.

 

Donc je cherchais ma voie, refusant toute adhésion à quelqu'organisation que ce soit, me faisant qualifier et me revendiquant moi-même très tôt d'électron libre. Habitant la banlieue (bourgeoise) de Paris, j'écoutais Radio Libertaire.

 

Puis vint l'an 1998. L'été 98. J'avais quand-même déjà 35 balais. Une coordination nationale des chômeurs autonomes nous avait amenés à Alès. Sauf qu'elle avait été annulée et que seul le collectif d'Evreux n'avait pas été prévenu. Une semaine à attendre mon train retour. Une semaine à accompagner Walter dans sa 4L hors d'âge, « pourrite de chez pourrite », une semaine féérique à me baigner à poil dans les ruisseaux des Cévennes, faisant des plongeons de 5 m de haut en saut de l'ange, quéquête à l'air. Avec quelques rares familles et leurs enfants en bas. Un peu catho-gênées quand-même. C'est au cours de ce séjour merveilleux que Walter m'a parlé furtivement d'un gars qui vivait en totale autonomie dans le coin. Sans rien demander à personne. Militant, en plus. Pas du tout le genre ermite bouddhiste.

 

Deux coordinations nationales avaient eu lieu à Evreux. La dernière remontait au printemps précédent. Je m'entends encore demander à Walter : « mais pourquoi tu n'as pas parlé de ce que fait ce mec lors de nos rencontres ? » Walter bafouille un truc, du genre qu'il ne voit pas de rapport entre le mouvement des chômeurs et Michel Rosell. « Et vous êtes nombreux à connaître ce Michel Rosell dans votre collectif d'Alès ? Parmi ceux d'entre vous qui étiez à Evreux au printemps dernier, vous êtes combien à le connaître ? » Et là il me répond : « mais tout le monde le connaît ! »

 

J'en suis resté sur le cul. Le lien m'a paru si évident !

 

La semaine suivante après un retour à mon boulot (je bossais un jour fin juillet pour couper mes vacances), je redescendais dans le Gard, en voiture cette fois, pour rencontrer Michel. « Je viens de la part de Walter. » Le mot de passe. Son regard méfiant a fait place à un sourire fraternel : je faisais partie de la famille.

 

Le discours de Michel est chantant, un torrent en crue. Les mots, la tête, et les mains. Je veux dire qu'il ne fait pas que parler et réfléchir : il bosse. Tout le temps. Vous raconter tout prendrait des heures. Des pages. Je vais juste vous dire ceci : Michel m'a fait comprendre qu'au lieu de revendiquer, il fallait prendre. Pas voler, non ! Prendre ce qui nous appartient de droit. « Vous n'avez pas besoin de nous ? (Les licenciements, les guerres etc.) Nous n'avons pas besoin de vous ! ALLEZ VOUS FAIRE FOUTRE ! » C'est comme ça qu'il parle Michel. Et il postillonne tellement il est emporté par son énergie. Il faut s'auto-organiser. C'est tout.

Et pourquoi les chômeurs « autonomes » du collectif d'Alès et d'ailleurs ne s'auto-organisent-ils pas ? Pourquoi Michel ? "Parce que ce sont des FAIGNANTS ! Des branleurs ! Des PARASITES qui ne comprennent rien. Des assistés."

 

Voilà. Je fais court. Voilà comment je suis tombé dans l'écologie, non pas étant petit, 35 ans, mais tombé dans l'écologie autonomisante, radicale, exactement aussi éloignée de Cohn-Bendit que Sirius l'est de la terre. Du jour au lendemain. J'ai fait ma révolution copernicienne.

 

Pour ceux qui ne viennent pas de là c'est plus difficile à comprendre. Forcément. D'où ma décision de me raconter. De vous raconter.

 

Je pourrais m'arrêter là. Mais non : d'autres découvertes s'imposent, qui m'enracinent dans mes convictions que je juge utile de rendre explicites.

 

Retour Normandie, salon écolo à Rouen en mai 1999. Le stand de Pascal Thépaut sur les maisons en paille.

 

Il est devenu un pote, on a fait des stages massage ensemble, on s'est caressé les fesses et on s'y est enfoncé les coudes jusqu'à en pleurer pour y dissoudre les cristaux et évacuer notre stress enfin on s'en fout.

 

Sa topine Christine (même chose mais sans les coudes) était – est toujours - très branchée éco-villages. C'est ça ma seconde découverte après Michel.

 

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J'ai ainsi découvert que plein de gens (fort peu nombreux en pourcentage de la population) vivaient également en autonomie « décarbonée » comme on dit, dans des ambiances collectives d'une chaleur humaine incomparable. Bon, notre individualisme et notre isolationnisme modernes font que pas mal de gens ne s'y retrouvent pas, je sais, mais là n'est pas le sujet pour moi. Par contre, ils n'ont pas la vision politique de Michel.

 

L'une de mes dernières lectures m'a fait mieux comprendre une différence essentielle entre Michel et les éco-villages : cette lecture c'est « La révolution sexuelle et la camaraderie amoureuse », commencée l'été dernier et terminée cet hiver.

 

E. Armand, l'auteur, y parle d'associations d'égoïstes. Dans le respect total de l'autre, mais dans l'écoute totale de ses propres besoins affectifs et sexuels. Sans inhibition puritaine. Son discours pourrait être résumé ainsi : « nous ne voulons en aucune manière vous forcer à vous adonner à la camaraderie amoureuse, mais vous, laissez-nous la pratiquer entre adultes consentants ! » Il ne veut pas convertir, ni faire de prosélytisme, son discours ne s'adresse qu'à celles et ceux qui y sont réceptifs, les autres il n'a rien à voir avec eux.

 

Et j'ai compris que les éco-villages c'est un peu ça : ils ne veulent pas changer le monde, il leur suffit de changer leur monde. Et ils y parviennent. Le reste, la problématique urbaine, ça les dépasse. Chacun sa route. (Bon ok Jean-Luc, je dis les choses comme ça parce que je les ai resenties comme tel, mais j'ai bien conscience que les écovillages sont en lien permanent avec le monde et sont tout sauf repliés sur eux-mêmes, en témoigne la revue Passerelle-éco. Mais pour illustrer ce que j'entends par la problématique urbaine, voir L'après Coline.)

 

Michel, lui, à l'inverse, ne supporte pas (au point d'y consacrer bon nombre de ses journées) de voir des centaines de milliers de pauvres gens mourrir de faim à la suite de cataclysmes. Pour exemple à l'époque des réfugiés du Kosovo, il a bossé des jours et des jours pour élaborer "dans les faits", l'une de ses expressions flash qui le distingue des revendicatifs, des habitats d'urgence adaptés à leur milieu de survie. Avec fabrication en réel à l'échelle 1/5ème, photos, maquettes, notices de construction, photocopies couleurs au format A3 à 500 exemplaires pour envoi en nombre aux quatre coins du monde. Sans aucune ressource financière.

 

Revenons à nos moutons : moi, mes préoccupations quand je manifeste, ce sont les problèmes des chômeurs, mais pas seulement : vouloir « ré-insérer » les chômeurs, très peu pour moi. Ce sont les problèmes des manifestants, mais pas seulement : vouloir « augmenter les minima sociaux » sans rien toucher à notre mode de vie et au tout bagnole, très peu pour moi itou. Et revendiquer, comme je l'ai dit, très peu pour moi encore.

 

Mon problème à résoudre, mon projet, ma vision des choses, c'est : comment passer d'une qualité de vie telle qu'elle peut se mettre en place ici ou là dans les éco-villages, à une transformation de la société ? Ou encore : aller m'installer dans un co-village, ou même créer un éco-village de plus, à quoi ça va servir ? Ma vie personnelle n'a pas d'importance, j'ai trouvé mon équilibre psychologique, affectif, matériel. En revanche, une fois les abeilles disparues définitivement, le mythe des éco-villages, ilôts de bonheur au milieu du chaos, ne résistera pas longtemps !

 

Intellectuellement je me sens plus venir des écovillages que de l'extrême-gauche revendicatrice. Et ça fait une sacrée différence avec les urbains que je côtoie au quotidien.

 

Mon avenir pour le monde, celui qui est dans ma tête, c'est : comment transformer les villes et leurs habitants, leurs bagnoles, leurs boulots à la chienne ou dans le tertiaire, leurs salaires et leurs sales airs de mines grises, en écovillages élargis, en éco-villes, et en exode urbain ? "Dans les faits !" et pas seulement dans le discours, et encore moins dans la critique permanente.

 

Parce que je sais que la vie, la vraie vie, c'est dans le pré, dans le potager, dans la forêt. Mais pas comme un banlieusard qui va en forêt le week-end ! Non ! Comme quelqu'un qui vit en harmonie, en symbiose, au quotidien, avec la nature. «Les sept plumes de l'aigle», l'histoire merveilleuse de ce chaman améridien, version occidentale et communautaire. Et même, à l'échelle des mégapoles. Redécouvrir le travail au contact de la nature, massivement, en "produisant" des aliments, en semant, cueillant, les week-end d'abord, puis les vacances, puis à mi-temps, puis tout le temps, mais d'une manière collective, organisée, d'une manière où ce sont les comités de quartier qui s'emparent de ces projets, et pas seulement les familles isolées, pour en venir au bout du compte à repeupler les campagnes, pour désengorger les villes, pour vider les mégapoles, pour changer le monde, pour démondialiser le monde et retrouver le sens de la localité.

 

Bon, ce n'est pas facile. "Dans les faits" pour le moment je n'en vois même pas le début d'un balbutiement. Mais le chantier est de grande ampleur.

 

 

Voilà mon histoire. Voilà le chemin que j'ai parcouru jusques ici.

 

Et Lilas vient à point nommé pour illustrer mes utopies. Merci encore Lilas.

 

Est-ce plus clair pour toi ?

 

Dis-moi.

 

 

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Published by Gorge Rouge - dans vitre
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commentaires

lilas 22/01/2011 13:27


En tous les cas sa l'est pour moi.Se réveiller un matin et sortir d'un mauvais rêve,enfin comprendre le pourquoi de sa vie le pourquoi des choses qui nous entourent, la nature les animaux, le ciel,
les étoiles les êtres de chair et de sang mais aussi et surtout le sens de la vie , de sa vie.Libéré du matérialisme se fùt comme une naissance,je ressentais l'essence même du grand mystère ;qui
suis-je où vais-je! En réalité il n'y a pas de mystère de la vie.Nous sommes le mystère de la vie,à chacun de trouvé le sens qu'il veut lui donné...tout le reste n'est que bruit...Enfin moi je dis
sa je dis rien!
Ton blog me plait, il dit tout se que je sais dèjà .Je ne veut plus écouter, suis trop loin dans ma cabane simple et silencieuse,mais ton cri est celui de beaucoup d'autres montent du fin fond des
vallées obscures si bien que je les entends, et un jour surement d'autres les entendront, ce jour là, crois moi lilas seras heureux.


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