Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 20:56

Ce texte fait suite à Coline et Alexandre - 5 avril 2010

 

-----------------------------------------------------------------


Avant-hier 8 avril au Café des Images http://www.cafedesimages.fr  j'ai vu "Solutions locales pour désordres globaux" à Hérouville-St-Clair en présence de Coline Serreau.

Grandiose.

Plein de découvertes ce soir là.

La plus importante : pour les néophytes, ce film est un choc. Et pour les initiés ? Que nous apporte-t-il ? Là est toute la question !

Je m'explique : ce film permet des prises de conscience absolument nécessaires, mais sont-elles suffisantes ? La réponse implicite est, trop vite, oui. Ou alors "c'est déjà beaucoup, que veux-tu de plus ?" et l'on s'en contente.

Pour ma part je ne m'en contente pas. Pour plusieurs raisons.

 

4367940868_ffef4299a4.jpg

 

At first - en premier : c'est un film optimiste finalement dans la mesure où l'on y découvre plein d'expériences concrètes et d'acteurs qui mettent en place concrètement des solutions locales. Et le sous-entendu est que l'on va dans la bonne direction, ces actions font tâche d'huile, elles sont innombrables et reproductibles - et d'ailleurs reproduites en de nombreux endroits.

Et pourtant ! Moi je pensais lors de cette soirée : cet écran devant nous fait écran. Que font les 300 personnes dans cette salle ? Que feront-ils de plus demain ? Quelques-uns dont Laurent et sa bande de joyeux travaillent sur un projet autonomisant et collectif dans le pays d'Auge et c'est géant. Mais les autres ? (Je m'y inclus) Que faisons-nous ? Et que ferons-nous demain ? Et les 200 000 habitants de Caen ? Le film ne répond pas à cette question. Et il ne la pose pas.

Il ne la pose pas pour la raison suivante : le film donne à penser qu'en créant des AMAP en grand nombre, en développant une agriculture biologique, sans labour, à forte main d'oeuvre, une ville comme Caen deviendra viable et l'extension de cette réalité locale résoudra le problème. Sauf que !

Sauf que le mode de vie tout comme le niveau de vie des habitants de Caen dépendent du pétrole, de l'uranium, du gaz, du terbium (épuisé en 2012 selon Science & Vie - http://terresacree.org/terbium.htm - mais wikipedia l'ignore encore*) et j'en passe. Sauf que l'extraction, la transformation, le transport, la commercialisation et le traitement des déchets de ces ressources fossiles se font dans des conditions (inévitables) de destruction des humains et de la terre. Coline Serreau voue un culte féminin à la mère Terre qui force le respect, mais là elle est ignorante.

Même avec 75000  hectares de surfaces agricoles consacrées à des AMAP autour de Caen, le mode de vie et le niveau de vie de caennais sont complices de souffrances effroyables et sont condamnés à disparaître à court terme avec l'épuisement des ressources fossiles sur lesquelles ils reposent.

L'erreur de focale du film repose sur deux paramètres : non seulement le fait de ne traiter que de l'agriculture et de l'alimentation, mais aussi de ne pas voir la réalité numérique des problèmes soulevés. Les expérimentations filmées ne seront reproductibles à grande échelle que si les habitants des grandes villes y participent massivement, faute de quoi la main d'oeuvre nécessaire à l'agriculture vivrière et l'exode urbain ne seront pas au rendez-vous. C'est dit par Pierre Rabhi dans le film mais son message passe inaperçu, y compris auprès de Coline Serreau elle-même semble-t-il, comme j'ai pu m'en apercevoir lors du débat.

4466394623_867c14b481.jpg

       Un jardin mandala comme celui du film de Coline Serreau existe dans l'Eure. Un centre de formation s'y construit.

                                                         C'est ici : www.fermedubec.com

 

At second - seconde découverte de taille : l'opposition intellectuel-manuel se traduit, me semble-t-il depuis cette soirée riche d'enseignements - merci mille fois Coline ! -, par une pression à entrer dans l'action concrète, chez les écologistes de terrain, qui les éloigne d'une vision d'ensemble, d'une vision collective de l'écologie, ce qui les rend aveugles, eux aussi, à ce qui a été dit plus haut. En ayant "les mains dans le cambouis", focalisés sur leurs projets respectifs pour innover et montrer l'exemple, eux non plus ne songent pas aux stratégies nécessaires pour donner à ces innovations une dimension territoriale - je veux dire une généralisation de ces pratiques  à l'échelle d'une collectivité territoriale.

Quant aux intellectuels, face à leur complexe d'infériorité de gants blancs, la seule attitude qu'ils peuvent adopter est celle de l'admiration devant tant de prouesses en matière de bricolage et de technologies douces. De surcroît, passer à une vision généralisée de telles pratiques débouche rapidement sur l'évidence qu'il faudra en rabattre du point de vue de son niveau de vie et de son confort matériel. C'est peu propice à la réflexion quand, justement, on n'a pas, voire on résiste à avoir "les mains dans le cambouis" ! Alors que c'est là le bonheur.

Voilà pour les deux principales leçons de cette soirée. C'est déjà bien pour ce soir. Très gros bisoux à Coline.

 

--------------------------------------------------
* wikipedia l'ignorait encore : c'est désormais réparé depuis ce soir 23h20.

 

J'ai écrit une réponse au 3ème commentaire à ce texte, c'est ici :

Exode urbain, La Havane et choix démocratique

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Gorge Rouge - dans roulement à billes
commenter cet article

commentaires

Jean-Baptiste 03/05/2010 00:12


J'ai vu le film hier soir à Fécamp. Tes réflexions sont intéressantes et je les partage pour l'essentiel.

Pour le dernier point, l'opposition intello-manuel, il y a dans le film la réflexion du voisin de M. Debrosse, vers la fin, celui qui veut imposer 15% de cultures vivrières aux beausserons : la
modernité de demain sera d'être mécanicien et paysan, électricien et paysan. Si on y réfléchit deux seconde, cela implique un exode urbain.

Quoique... Debrosse était présent à la projection. Au cours de la discussion qui a suivi, il a évoqué le cas du Cuba, premier pays entièrement bio, par la force des choses, et autosuffisant. Plus
étonnant encore, la ville de la Havanne est excédentaire. Cela implique la participation de chaque citoyen, et de consacrer le moindre coin de sol de la ville à la culture vivrière... C'est un cas
très particulier, pas franchement démocratique, une simplicité atteinte de façon pas franchement volontaire, mais il a l'avantage de prouver que c'est possible, pour une grande ville et pour tout
un pays.

Te semble-t-il impossible de penser global, dès que l'on commence à agir local ? Dès lors que l'on renonce à l'idée d'un "grand soir", je ne vois pas comment faire autrement. Mais c'est sûr, il
faut agir en pensant au "coups suivants", comme aux échecs, et c'est jamais facile.

Bien sincèrement,
JB


Gorgerouge 24/04/2010 23:30


Bien sûr Colette, mais ce texte dépasse l'opposition classique entre intellectuels et manuels.


Héron 22/04/2010 15:22


En fait, ce sont des ponts qu'ils faut aussi consconstruire, entre ceux qui font, la main dans le camboui, pour montrer l'exemple, et les "intellectuels", des ponts entre le local et le global non
?


Présentation

  • : Le blog de Gorge Rouge
  • : Essentiellement préparer l'après pétrole localement, fruit d'une quête tous azimuts pour comprendre ce monde de fous.
  • Contact

Profil

  • gorgerouge
  • Voir http://gorgerouge.over-blog.com/article-a-la-recherche-de-l-evidence-14-janvier-2011-65012602.html