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22 mai 2010 6 22 /05 /mai /2010 22:34

Lequel des deux est le plus politique ?


J'aurais pu dire : lequel des deux est le plus subversif ? ou le plus progressiste ? (encore que ce mot là renvoie tellement au productivisme que je m'en méfie : progressiste, progrès, productivisme, croissance, au détriment de l'écologie, non, très peu pour moi.)

J'ai fréquenté quelques années deux groupe Attac l'un après l'autre. Disons 7 ans environ. Et j'anime un café philo depuis 13 ans : ça fera 13 ans en juin 2010. En deux lieux différents, l'un après l'autre également. Il est temps de faire un bilan.

 

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À première vue il semblerait qu'un groupe Attac a davantage pour but de faire un travail politique chez les adhérents, et davantage un travail philosophique chez les participants à un café philosophique.

Travail politique : apprendre à mieux gérer les affaires de la cité, à mieux maîtriser les enjeux démocratiques locaux, à mieux percevoir les injustices institutionnelles pour mieux les combattre.

Travail philosophique : apprendre à mieux interroger un concept, à mettre en doute ses propres représentations et convictions.

À première vue... et pourtant !

Il existe un point commun - ou de conflit c'est selon - entre ces deux espaces : celui du partage du pouvoir et de la parole. Et là, en glissant le pied de biche sous le cailloux pour le soulever un peu, on découvre ce qu'on ne s'attendait pas à découvrir. Mais alors pas du tout.

Précaution : mes analyses ne sauraient être généralisables d'emblée, elles ne concernent que les deux cas particuliers des cercles - Attac et café philo - que j'ai fréquentés, elles ne sont exprimées ici que pour être interrogées et je ne doute pas une seconde qu'il n'y a pas deux groupes Attac identiques, ni deux cafés philo. Mais les comparaisons que je vais oser révèlent peut-être, quand-même, des tendances susceptibles de se retrouver plus ou moins souvent, avec plus ou moins de relief.

La taille, le nombre et la vivacité des fourmis ou des scorpions seront sujets à discussion, mais au moins j'aurai soulevé le cailloux.


Je commence par le café philo. Celui que j'anime a la particularité de mettre l'accent sur des règles de partage de la parole : ne pas se couper la parole, retarder ses réflexes d'intervention, ne pas abuser de son temps de parole etc. Parfois il arrive que quelqu'un fasse remarquer le hors sujet d'un propos, hors sujet qui peut être contesté. Chemin faisant, l'attention à l'autre s'aiguise : la parole tourne vraiment, le tentatives de prises de parole sont repérées, et sollicitées.

Les groupes Attac maintenant. Qu'est-ce qui les anime ? Est-ce le partage du pouvoir et de la parole ? Si on pose la question aux personnes concernées, très certainement répondront-elles par l'affirmative. Mais dans la réalité il est une autre priorité qui l'emporte : le fond idéologique, la plate-forme d'Attac à laquelle chaque personne adhère par sa présence même, faute de quoi elle est priée de sortir. Et à partir de là je me suis vu me retrouver sur les bancs de l'école : le bureau face aux adhérents, un rapport frontal, et des échanges pauvres, hésitants, souvent un monologue de la part de la brochette du bureau, avec la plupart du temps dans la salle des interventions qui leur passent un coup de brosse à reluire, d'autant que l'on se retrouve pour dérouler un ordre du jour et préparer des actions qui ne donnent pas le temps d'interroger et de refaire le monde. Ou alors, celui qui conteste avec véhémence, c'était le vieux militant LCR qui avait roulé sa bosse, mais petit jeune que j'étais je ne pouvais pas frotter mes doutes contre les certitudes des autres. Je me suis tiré.

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Je me suis posé la question suivante : quelle légitimité avons-nous de réclamer un partage de la parole dans d'autres cercles que celui d'un café philo ? Encore qu'il existe de nombreux 4580075765_2da286e92b.jpgcafés philo accaparés par ceux qui savent, et j'ai vu débarquer un jour un prof de philo qui nous disait texto : "ici c'est un café philosophique, je suis prof de philo, vous devez m'écouter !" Nous nous sommes transformés en café débat, et nous l'avons foutu dehors. Ça s'écrit café débat mais ça se prononce café philo.

Mais dans un groupe Attac ? Ou dans une réunion du NPA ou d'Objecteurs de Croissance ? Il n'existe pas ce socle impératif de partage de la parole comme il peut en exister dans un café débat quand les règles et les objectifs y sont clairement affichés. Le risque est fort de se trouver face aux mêmes dérives que celles évoquées ci-dessus.

Et alors la fin - le programme, les objectifs - justifie les moyens - la confiscation de la parole.

Alors que, de même que "le but de la vie c'est la vie", le partage du pouvoir et de la parole constituent le coeur même de ce qui fait qu'un monde est juste et équilibré. Je dirais même : le partage du pouvoir entre l'homme et son environnement. C'est une contradiction ou une confusion fondamentale qui s'ajoute à celle décrite par Alain Accardo dans « Le petit bourgeois gentilhomme », celle des revendications politiques du militant anticapitaliste, alter-mondialiste, gauchiste, qui entrent en contradiction avec ses comportements de consommateur compulsif, consommations sur-dosées au pétrole.


Dans une réunion d'amis, on peut très bien dire : "attends ! Machin veut dire quelque chose !"

Mais dans une réunion Attac, je me suis fait incendier parce que ma proposition ne collait pas avec la plate-forme d'Attac ni surtout avec les représentations du furieux qui mettait le feu, et personne n'a pris ma défense au nom du droit d'expression : la doxa, l'idéologie, le programme l'avaient emporté sur la parole et le pouvoir partagés. Quelle était cette proposition ? Faire des échanges, des invitations réciproques, donner des informations croisées entre le groupe Attac et le café philo.

Si j'avais fait la même proposition au café philo, animateur ou non, on m'aurait peut-être envoyé promener mais certainement avec moins de véhémence, et on aurait écouté mes arguments.


Au final, la préparation des esprits (le mien y compris) pour gérer la ville, et la campagne, sous forme de collectif d'habitants a été pour moi plus efficace au sein d'un café philo que dans un groupe Attac. Mais la généralisation de cette affirmation ne saurait être établie : elle n'est jamais qu'un prisme qui permet d'observer et d'interroger ce qui se passe ici ou là.

 

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Pour trouver le chemin de l’invention collective , des filières de proximité, des productions de biens sans recours aux énergies fossiles, d’un échange de la consommation contre de la convivialité, pour atteindre ce port, si l’on veut passer par Attac, par les groupes PS, PC, NPA…, il  faudra peut-être bien tirer fortement sur le volant pour le redresser : ça n’est pas forcément une ligne droite devant nous.

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Published by Gorge Rouge - dans palabres
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commentaires

Gorge Rouge 09/08/2010 10:10


Non Roland je ne comprends pas : même si certaines expériences vont dans le sens que tu décris, on peut tjs en chercher les causes et baliser le processus au service de l'intérêt général et d'un
partage de la parole garanti par des règles simples.
Voir les prises de décisions au consensus, les conférences de citoyens etc.
Voir les articles de la rubrique "palabres" sur ce blog.
Bien à toi,
Robin


roland 08/08/2010 12:12


moi aussi je suis très déçu par les groupes locaux d'attac (pas par leurs texte au niveau national, qui malheureuement n'ont pas l'air d'avoir de l'effet sur le débat)
Mais je crois que c'est général dans toutes les assoc militantes, et en plus le recrutement de tous ces cercles ne se fait pas par ce que j'appellerais la voie normale (ça m'interesse j'y vais pour
y participer) mais par copinage (on y vas emmené par untel qui milite déjà dans mon autre assoc ou syndicat, et qu'on connait, etc).

D'ailleurs, et c'est ce qu fait que je ne crois pas en l'anarchisme, je ne crois pas aux vertus de la "démocratie directe" "démocratie participative" et autres "autogestion", en général ce genre de
fonctionnement aboutit a des choses moins démocratiques que toute autre !
ça se voit aussi au sein des groupes de voyages organisés, rien que ces expérience ça permet de se rendre compte des dérives, et de l'inpossibilité que ça marche et que ça soit démocratique ni
respectueux des "droits de l'homme"
je suis peut-être elliptique, car j'ai la flemme et pas le courage de détailler ou donner des exemples, mais je pense que vous comprendrez.


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