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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 20:32

Après avoir écrit « Belliqueux ou pacifistes ?», au moins trois rencontres récentes sont venues apporter de l'eau à ce moulin :

-       le livre « Oui, la nature humaine est bonne »,

-       le film « Duch, le Maître des forges de l'Enfer »,

voir http://www.youtube.com/watch?v=ZnO_w5ify6I  

-       le film « Poetry ».

 

Lors du débat qui a suivi « Duch » vendredi dernier 9 novembre, et comme cela arrive souvent dans ce genre de débats selon le journaliste-animateur présent, j'ai évoqué Alice Miller, décédée en 2010, ainsi qu'Olivier Maurel qui poursuit son œuvre, et j'ai résumé de mémoire cet extrait en pages 327 – 328 de son récent ouvrage Oui, la nature humaine est bonne : "Rappelons-nous les principaux points communs dans l'éducation des "justes" : ils ont eu pour la plupart des parents affectueux, qui ont fait confiance à leurs enfants, qui leur ont donné l'exemple de l'altruisme et qui les ont élevés de façon non autoritaire et non répressive.

 

Rappelons aussi qu'à l'extrême opposé, tous les criminels sadiques et tous les dictateurs ont été élevés sans amour ni respect, par des parents violents ou abusifs auxquels ils ne pouvaient échapper."

 

Ce fut un flop : l'animateur m'a fait une longue réponse sur l'engagement politique de Duch, comme s'il était seul à avoir entraîné le Cambodge dans cette horreur khmer rouge, en terminant sa réponse  par : « j'ai répondu à votre question ? », ce à quoi j'ai rétorqué : « non mais c'est pas grave. »

Cinéaste, historien, revanchard, mais sûrement pas psychologue, notre animateur journaliste se réfugiait aussi derrière les différences culturelles pour justifier son désintérêt manifestement total, aveugle, sidérant et pour tout dire effrayant aux réflexions milleriennes : car à quoi bon tourner un tel film, de tels films si ce n'est pas pour tenter de comprendre afin de ne pas retourner dans de tels génocides ?!!

 

Fallait-il interroger ce journaliste-animateur sur une éventuelle éducation ordinairement violente dont il aurait fait les frais ? Dans les deux cas : éducation violente ou non, il aurait nié, et dans le cas de la présence d'une éducation violente, du fait de l'amnésie décrite par O. Maurel.

 

Le fait de comprendre Duch aurait-il été interprété de sa part comme pardonner Duch, quelque chose d'impensable ? Peut-être. Mais derrière cet impensable se cache à l'évidence un manque d'empathie qui est au cœur même du sujet.

 

Le bouquin d'Olivier Maurel contient un chapitre sur l'empathie (p. 118 & s.). Et le dernier livre de Frans de Waal s'intitule : L'âge de l'empathie.

Voir aussi La civilisation de l'empathie, de Jérémy Rifkin que me signale Olivier Maurel.

 

Quelle aurait été l'attitude de Duch s'il avait été mis dans la situation de ses victimes ? Aurait-il pu faire preuve d'empathie ? Durablement ?

 

Mais surtout, surtout, une autre question mérite qu'on s'y arrête : quelles sont les conséquences de tels films, reçus dans de telles conditions de non distanciation par rapport à l'éducation probable reçue par Duch ? Et si notre fonctionnement archaïque le plus profond interprétait ce film comme une occasion d'entrer plus encore dans le dilemme des bons et des méchants, ce que l'animateur m'a jeté à la figure en passant, comme ça, innocemment ! Moi qui voulait mettre en lumière le rôle éducatif pour montrer qu'il n'y a pas de bons et de méchants par nature, c'est lui, sous prétexte du titre du bouquin peut-être, qui me met devant cette alternative de bisounours des bons et des méchants ! Le titre de l'ouvrage dans son entier est : « Oui, la nature humaine est bonne ! Comment la violence éducative ordinaire la pervertit depuis des millénaires ».

 

Et si des films tels que « Duch, le Maître des forges de l'Enfer » participaient, par leur influence sur notre fonctionnement psychique le plus archaïque, à renforcer nos pulsions agressives, binaires, violentes et sadiques ? Car finalement, que retenons-nous vraiment de tous ces films violents qui inondent nos écrans et surtout ceux des jeunes ? Et qu'y a-t-il de si différent entre ces films violents et ceux de Rithy Panh, si ce dernier passe à côté d'un travail psychanalytique éventuellement nécessaire pour nous permettre de nous distancier de nos pulsions violentes ?

 

 

Quant à Poetry, l'élargissement de la réflexion sur une nature humaine tantôt bonne, tantôt génocidaire, et sur les conditions d'une telle alternative, passe d'une succession de générations ayant vécu des abus d'autorité et des sévices corporels tels que les dénoncent Alice Miller et Olivier Maurel, à une récente et encore jeune génération ayant vécu une espèce de lavage de cerveau télévisuel et internaute la rendant insensible à la souffrance de l'autre, sans la moindre empathie. Comme des Hitler ou des Duch en puissance et en nombre, la souffrance éducative en moins certes, mais le terreau d'une nouvelle horreur déshumanisée pourrait bien se retrouver à nouveau fertile !

 

 

Nous sommes comme ces nombreux philosophes en face de l'après pétrole : leur culture grecque, présocratique, puis moderne, n'intègre ni l'après pétrole, ni la vie préhistorique à savoir la vie des peuples premiers, peuples desquels nous nous différencions par le progrès. Des ouvrages tels que « Age de pierre, âge d'abondance » ou sa version romancée « La femme feuille » sont pour la plupart d'entre eux purement illisibles. Et lorsqu'ils parviennent à prendre en compte à sa juste mesure une telle donnée : le pic pétrolier, qui va renverser à coup sûr toute notre culture occidentale, ils sont censurés. Car oui, ils existent bel et bien, mais qui les connait mis à part quelques militants écologistes ? Jacques Ellul, Bernard Charbonneau, Nicholas Georgescu-Roegen, Ivan illich, André Gorz, René Dumont,... et tant d'autres vivants : Paul Ariès, Vincent Cheynet, (c'est bon de les mettre à la queue leu leu ces deux -là !), et bien d'autres journalistes critiques qui participent à la rédaction de revues écologistes telles que La Décroissance, Silence, Passerelleco,... Censurés par les médias dominants, c'est peu de le dire.

 

 

L'après pétrole nous dépasse, comme ici nous sommes dépassés par l'approche Millerienne autant que par le syndrome de Poetry.

 

 

15 novembre 2012 : un troisième chapitre se trouve ici

 

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Published by gorgerouge - dans respir
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