Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 06:33

27 mars 2014 : Ce retour 4 ans en arrière reste entièrement d'actualité.

 

La suite de ce texte sur Après Coline - 10 mars 2010  .

--------------------------------------------------------------------------------------------

 

4 avril 2010. Coline Serreau parle sur France-Culture à propos de son film "Solutions locales pour un désordre global‏".

La journaliste : de quel courant politique vous sentez-vous le plus proche ? Des décroissants ?
Coline Serreau (de mémoire) : je ne les connais pas. La décroissance ça fait triste. Pour moi l'urgence est de réduire les inégalités économiques. Et d'ailleurs on y est en décroissance !

 

Elle n'a rencontré aucune personne au cours de son tournage pour lui dire que la première des priorités des Objecteurs De Croissance - ODC - était la réduction des inégalités, ni pour lui dire la différence entre récession subie et décroissance organisée et joyeuse, ni pour lui expliquer la différence entre décroissants et ODC... ça en dit long sur la désinformation efficace des médias, qui opère jusqu'au sein même des écologistes les plus engagés ! Aussi Coline ne se rend-elle pas compte que face au dogme de la croissance destructrice, la décroissance est vitale ? De même qu'elle ne se rend pas compte que ce qui peut être proposé dans son film est incompatible avec les règles économiques imposées par l'impérieuse croissance. Vérification faite, le site du film - www.solutionslocales-lefilm.com - confirme mes propos : les "groupes locaux Colibris" n'y appellent pas à une relocalisation de l'économie telle qu'elle est développée ici.

 

 

                                                     
(8 avril 2010 - les paroles  de Coline Serreau sur France-Culture sont d'autant plus étonnants que le lien suivant les contredit nettement :

http://www.cafedesimages.fr/spip.php?article1738 

à voir aussi : 

http://www.cinealliance.fr/the-news/59-interview/1059-interview-de-coline-serreau.html )

Ces préliminaires illustrent fort bien ce souvenir ineffaçable d'un matin vers novembre 2009 sur France-Culture. Alexandre Adler était interrogé sur les solutions à apporter à la crise actuelle, cette question étant posée dans un contexte où il était question d'écologie. Sa réponse fut à peu près la suivante :
"il faut tout d'abord fixer un cadre incontournable : la relance de la croissance économique est l'absolue priorité. Seul ce renouveau d'une croissance économique nous fera retrouver les conditions de la sortie de la crise. Une fois posé ce préalable et une fois que l'on est d'accord sur cet impératif, nous pouvons commencer à réfléchir."

Sa prise de parole fut aussi brutale, tranchée et indiscutable que cela.

Mais le plus important n'est pas tellement là : c'est surtout qu'il ne fut contredit par personne dans l'équipe quotidienne de France-Culture, présente ce matin comme tous les autres pour entendre ses propos ! Et chaque auditeur de France-Culture, chaque matin, mais cela vaut aussi pour France-Inter, Radio-France et, bien sûr, les chaînes privées, entend des informations qui reposent, toutes, sur ce principe incontournable. C'est le plus fort exemple qu'il m'ait été donné de constater à quel point la "pensée unique" du dogme de la croissance économique est omniprésente dans notre environnement intellectuel et informationnel.

Merci, Coline, de m'avoir donné l'occasion de témoigner de ce souvenir.

 

 

Pour une critique brève, radicale et joyeuse de la croissance, voir  La C… sur ce blog.

La question à se poser maintenant est celle-ci : ce mythe de la croissance pourrait-il être en mesure d'invalider le message porté par le film de Coline Serreau ?

Car si la réponse est oui, alors tout le travail de Coline passera à la trappe, sauf auprès des (très minoritaires) spectateurs déjà convaincus. Tout comme Avatar, tout comme Gold Men Résistants pour la terre etc.


Si nous relocalisons, cette pratique est antinomique, contradictoire avec la relance économique : les filières courtes sont nettement moins bonnes pour le PIB.

Si nous relançons l'économie, cette pratique est incompatible avec un développement des filières courtes : les multinationales agroalimentaires qui gagnent des parts de marché et la croissance économique vont à l'encontre d'une production locale et d'une souveraineté économique des territoires.

La contradiction est inévitable.

Croire que croissance et relocalisation sont compatibles, c'est se fourvoyer.

La réalité est que les appels à la relocalisation sont ultraminoraitaires face aux avancées de la mondialisation, même malgré le développement réel des AMAP en France et ailleurs.

Nous ne pouvons pas nous contenter des AMAP qui naissent partout en France ces temps-ci, puisque dans le même temps la mondialisation gagne du terrain, ainsi que la poursuite de la croissance économique et les dégâts qu'elles engendrent grandissent ou perdurent, dégâts causés autant aux hommes qu'à la terre.

On peut très bien, et c'est la réalité aujourd'hui, se nourrir auprès d'une AMAP et avoir en même temps un mode de vie et un niveau de vie dépendants des énergies fossiles et de l'industrie, faisant le jeu des multinationales, de notre propre aliénation consumériste et de la destruction de notre biotope.

La décroissance appelle d'un côté à refuser la production industrielle et à la remplacer par une production locale et artisanale, et de l'autre à refuser la consommation à l'occidentale et à la remplacer par une frugalité heureuse et conviviale, débarrassée de la publicité et de la télévision, toutes deux sources de notre aliénation individualiste.

Merci à Alexandre Adler d'avoir contribué à ma réflexion.


Une seconde question mérite sa place ici aussi : comment rendre rentable une relocalisation qui ne l'est pas, puisque la main d'oeuvre du tiers-monde est moins chère ? La réponse tient dans la baisse de notre niveau de vie, qui ne veut pas dire une vie plus pauvre, en tout cas au sens péjoratif du terme, mais une vie où nous aurons plus de temps pour la convivialité et pour faire ce que la machine fait à notre place. La décroissance, c'est aussi une vie moins individualiste et plus riche de relations humaines.


3766248759_46fce621d3.jpg
sureau noir
- http://www.passerelleco.info/article.php?id_article=936


Enfin, voici une troisième question, la plus importante ici, car c'est celle qui se pose en premier et qui fait obstacle à notre acceptation de la décroissance : comment choisir entre relocalisation et croissance ? Les deux sont ressentis comme nécessaires, de la part des écologistes radicaux pour la première, de la part de presque tous les partis politiques ainsi que des médias majoritaires pour la seconde.

Je fais l'hypothèse que notre cerveau, face à ce choix binaire, se laisse emporter par les informations les plus nombreuses qui lui parviennent : celles relayées par la télévision et la radio, celles favorables à la croissance, celles qui contribuent à nous démettre de notre responsabilité au niveau local pour nous en remettre aux élus, décideurs et autres experts. Les films du genre de celui de Coline Serreau, mais je mets dans ce panier "Nos enfants nous accuseront" par exemple, auront fait long feu dans l'esprit des spectateurs, à moins peut-être qu'un débat vienne dire les enjeux abordés ici mais une telle prise de recul n'est pas garantie, loin de là ! Coline Serreau elle-même passait à côté, ce dimanche 4 avril 2010.

Il faut le répéter ici : les AMAP ne suffisent, et se dire que "c'est déjà ça" est une erreur fondamentale puisque, dans le même temps, notre mode de vie continue de créer des dommages irréparables à la terre et aux hommes. Voir La vie ou le pétrole.

C'est à une relocalisation dans tous les secteurs de nos activités économiques qu'il faut s'atteler. Dire que les AMAP sont un bon début n'est vrai qu'à une seule condition : enclencher les étapes suivantes. Alors, on s'y met quand ? Tout de suite ?

 

-----------------------------------------------

 

Sur les objecteurs de croissance, voir


http://www.dailymotion.com/video/xctuhe_paul-aries-ce-soir-ou-jamais_news

 

et écouter

 

http://decroissance.lehavre.free.fr/LP-TAC_Tout_autre_chose_-_1-4-2010_-_Ethique__7884517.mp3

commentaire de mon pote Stéphane :

Hallucinant de voir quelqu'un parler aussi lentement tout en disant autant de choses essentielles. Quelle densité de sens !
- à 7 minutes : explication de la différence entre besoin, envie et désir
- à 11 minutes : le cycle production/consommation doit nécessairement s'emballer... pour survivre, il FAUT consommer.

 

et tant que j'y suis :

Une conférence de l'université populaire de Bruxelle.
http://www.videobaz.be/2010/03/sur-la-decroissance-une-conference-de-christian-arnsperger/
à 11 minutes, il revient sur l'usage du mot "Décroissance"

 

--------------------------------------------------------

 

7 avril

J'ai reçu ceci : (source : http://les-oc.info/lettre/ )

 

(...)

L'objection de croissance est aussi de plus en plus lisible.

  • Entropia (revue d’étude théorique et politique de la décroissance) : à l'occasion de la parution du n°8 de la revue, consacré à "Territoires et décroissance", un grand forum de débats aura lieu à Namur, le samedi 15 mai. Des infos.
  • L'escargot déchaîné (le journal du mouvement politique de la décroissance - Belgique) sort son numéro 3. A lire en ligne.
  • L'objecteur de croissance (le journal du Mouvement québécois pour la décroissance conviviale) sort son premier numéro de 2010. A lire en ligne les numéros précédents.
  • Limites (cahiers francophones pour l'objection de croissance) est en train de naître. A lire en ligne son numéro 00.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Gorge Rouge - dans braise
commenter cet article

commentaires

Momo 21/08/2010 14:20


Se réclamant de Wilhelm Reichn Poil à Gratter est évidemment pour l'Amour libre. Générateur de moins d'enfants, il permet aussi de lutter contre le fléau de la surpopulation qui menace l'Humanité
toute entière. DE nombreuses pages de http://poilagratter.over-blog.net en traitent.
A bientôt


Gorge Rouge 15/08/2010 17:35


Dis-moi Momo, cette pétition anti-épilation, de même que ton blog, ne sont-ils pas l'arbre qui cache la forêt de l'amour libre ? Mariage, polygamie, deux prisons affectives similaires nous
empêchant d'être attentifs aux autres, à cause de cette barrière amitié distante autorisée / amour charnel interdit. Or, de l'un à l'autre, il y a un gouffre de communication qui nous échappe !


momo 15/08/2010 14:05


Merci d'avoir signé la pétition anti-épilation. Je t'ai mis en lien sur mon Blog : http://poilagratter.over-blog.net . A+


ploutopia 09/04/2010 13:54


Tarte à la crème ? A quoi servent nos blog alors ? YAB, NH ou Al Gore jouent un rôle. Les plus soucieux ont déjà glissé du capitalisme gris au capitalisme vert. Ce n’est pas mieux, parfois même
pire (agro-carburants) mais c’est déjà un changement. Les choses ne changeront que si nous lisons et nous informons le plus objectivement possible. Le hic c’est justement la concentration des média
dénoncée dans mon article précédent. Ce n’est pas parce que le grand capital s’approprie des expressions comme « prise de conscience » ou « développement durable » que ceux qui voient un peu plus
loin que le discours ambiant doivent également les dénaturer. Les 30% de créatifs culturel en France sont passés et passent par une prise de conscience.


Gorge Rouge 06/04/2010 01:06


Merci Patrick de mettre à la fin de ton commentaire cette citation bien connue des écologistes mais peut-être pas du "grand public"!

Pour la "prise de conscience", cette expression est à classer dans la catégorie "tarte à la crème" de mon point de vue : quand est-ce qu'on passe à l'action ?!

Même Hulot et YAB (Yann Arthus-Bertrand) contribuent à nous faire prendre conscience, pour quels effets ?


Présentation

  • : Le blog de Gorge Rouge
  • : Essentiellement préparer l'après pétrole localement, fruit d'une quête tous azimuts pour comprendre ce monde de fous.
  • Contact

Profil

  • gorgerouge
  • Voir http://gorgerouge.over-blog.com/article-a-la-recherche-de-l-evidence-14-janvier-2011-65012602.html