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19 mars 2014 3 19 /03 /mars /2014 07:35

Mon amie Gen me demande de contribuer à la rédaction d'un texte sur la transition dans le cadre d'un fascicule sur le thème : « comment éradiquer la violence ».

 

Vu que la transition a été récupérée à toutes les sauces, jusqu'à être descendue en flèche par l'équipe de mon canard préféré La Décroissance (là environ 30% des lecteurs abandonnent leur ouvrage, comme quoi ce ne sont ni la com' ni le calcul qui me guident), autant préciser d'entrée que je me réfère à la transition à la sauce Rob Hopkins et à son Manuel de transition. Une transition vers l'après pétrole. (Encore 20% d'abandons, je ne ferai pas carrière dans le marketing !)

 

Le lien entre l'éradication de la violence et la transition me semble être une occasion de me raconter dans la mesure où ma quête part d'une recherche de compréhension du monde tous azimuts que l'on pourrait résumer à une manière d'éradiquer toute injustice et toute violence, à commencer par les violences institutionnelles, pour déboucher aujourd'hui sur "la méthodologie Rob Hopkins", méthodologie suffisamment ouverte pour nous rendre attentifs, réceptifs et accueillants à ce qui se fait ailleurs. Cette précision s'impose tant elle est perçue trop souvent par les néophytes comme une méthodologie fermée.

 

J'ai déjà écrit par ailleurs cette petite remarque rigolote : "Robin y avait pensé, Rob l'a fait". C'est dire si il était évident pour moi d'épouser non pas Rob, mais ses thèses.

 

Ayant animé régulièrement des séances de café philosophique durant plus de 16 ans, depuis l'été 1997, dans la lignée d'une recherche d'une société idéale et plus juste, j'ai eu la chance que certaines de ces séances débouchent sur des actions concrètes, création d'un collectif de chômeurs autonomes de sensibilité anarchiste, rencontre de l'auto-organisation collective en opposition aux revendications – REVENDI CONS ! Comme quoi il y a extrême gauche et extrême gauche : dans un tract du NPA de l'Eure de février 2014 on peut lire : "les seuls moyen vraiment efficaces dont disposent les travailleurs pour se faire entendre, c'est la grève et les manifestations".

 

Ceci dit l'après pétrole ne se situe pas qu'à gauche dans la mesure où personne n'échappera à l'épuisement des hydrocarbures et autres ressources finies, non renouvelables.

 

 

 

Certes l'exploitation de l'homme par l'homme n'a pas commencé avec l'arrivée du pétrole et la société industrielle lui préexistait, mais l'opportunité du peak oil peut faire espérer et peut nous aider à préparer un monde d'après plus concerté et moins violent où l'homme redeviendrait un frère pour l'homme. De ce point de vue l'après pétrolere présente une opportunité F.O.L.E. :

F comme la fierté du travil bien fait ;

O comme l'outil convivial – selon Ivan Illich c'est l'outil qui est convivial, ce n'est pas l'homme ;

L comme la liberté collective, la concertation – et non pas la liberté individuelle qui n'existe que grâce au salariat et aux énergies fossiles qui font le boulot à notre place ;

E comme éco-système, caractéristique de tous les systèmes vivants, à l'inverse de notre monde perfusé aux hydrocarbures qui s'effondrera une fois passé leur pic de production. Personne ne sait à quelle vitesse cet effondrement aura lieu (affolement des marchés fort probable) mais la date du pic est imminente, voir Benoît Thévard à ce sujet.

 

C'est pourquoi l'invention et l'imagination d'un monde sans énergies fossiles qui serait fortement ressemblant à l'ancien monde artisanal – et non pas ressemblant à l'ancien monde industriel, reste l'enjeu majeur qu'il non faudra affronter avec lucidité. Car finalement, à y bien regarder, le cheval de Troie de la violence institutionnelle a bien été l'industialisation forcée. Oui, forcée. Évidemment pas toujours. Mais souvent. Or l'histoire, écrite par les dominants, ceux-là mêmes qui ont impulsé cette industrialisation, nous a fait oublier son caractère imposé, souvent par les armes et dans le sang, qui ôtait à l'artisan sa fierté du travail maîtrisé de bout en bout. Heureusement leur tentative d'oubli est aujourd'hui sapée par des historiens – par ailleurs jamais invités sur les plateaux télé ni cités par Les nouveaux chiens de garde, voir l’ouvrage et le film du même non. Quels sont ces historiens et autres anthropologues lucides ? François Jarrige, Jean-Claude Michéa ou Joseph Tainter. Je pense aussi à Jean Giono dans sa Lettre aux paysans, rééditée à Genève par les Editions Héros-Limite, 10€, ou à Pierre Gevaert dans son ouvrage Alerte aux vivants et à ceux qui veulent le rester, 2006.

 

Ainsi l’écueil à éviter est de ne pas retomber dans les excès de la domination et de la violence. La culture « démocratique », celle des « droits de l’homme... blanc ! », a été acquise progressivement en Occident. Elle a été concomitante de l’institutionnalisation de la domination, désormais cachée sous des formes économiques et culturelles, et s’accompagne de fléaux tels que la fracture culturelle, la débilité télévisuelle, l’addiction aux écrans violents et compulsifs, etc. tout en nous persuadant que nous vivons dans un monde libre et démocratique.

 

Cette culture qui est nôtre désormais nous fera-elle trouver les ressources pour ne pas nous laisser endormir par les élites belliqueuses de demain ? Au contraire, saurons-nous trouver les moyens d’une auto-organisation collective locale dont les modalités de mise en œuvre sont esquissées dans le Manuel de transition ? Là est la croisée des chemins où nous nous trouvons aujourd’hui.

 

Avant de terminer : les guerres sont liées, à 95 % d’après Jean Ziegler, à l’extraction des ressources fossiles. Vouloir un monde sans violence en maintenant notre niveau de vie occidental est donc impossible. En d’autres termes, décroître est une condition nécessaire, mais non suffisante, pour pacifier nos existences. Et la décroissance se distinguera de la récession consécutive au pic de pétrole par le simple fait qu’elle sera anticipée, organisée en concertation : il n’y aura pas de solutions heureuses individuelles à l’après pétrole.

 

En guise de conclusion voici ce que m'envoie mon amie Kitty, l'une des animatrices du réseau français des villes et territoires en transition :

 

«Nous ne savons pas si ça va marcher mais nous sommes convaincus que :

- si nous attendons les gouvernements, ça sera trop peu et trop tard

- si nous agissons individuellement, ça sera trop peu

- si nous agissons en tant que communautés, ça sera peut-être assez, peut-être juste à temps.»

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Published by gorgerouge - dans braise
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