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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 19:27

Ce texte a été écrit avant la lecture du Manuel de transition.


Un lien avant de commencer :

www.jardindes400gouts.org

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3412029127_cce063a922.jpg                                        Paon de jour - site le moulin de prey

 

Ce texte est dédié au voyageur inconnu rencontré le 27 mai 2010 dans le train. Discussion sur la grève SNCF. Et de ma part Le PLan B, inévitablement. Des reportages sur les interviews censurées des chômeurs, sur leurs réelles revendications. Le fait que le PLan B sorte son dernier numéro avant fermeture. "Mais est-ce que ça sert à quelque chose, tout ça ?" me demande ce voyageur devant mon enthousiasme. Je réponds par l'affirmative, sans hésiter une seconde. Je réponds par l'existence de mon blog. Je m'éclate à écrire mon blog. Je m'amuse comme un fou.


Ce "billet" est consacré à la question suivante, essentielle malgré son apparence "gnan-gnan" : comment se fait-il que ce blog, qui me passionne tellement, intéresse si peu les gens ? Pourtant c'est loin d'être un blog nombriliste du genre journal intime : j'essaie plutôt d'y comprendre le monde qui m'entoure, les injustices, de traquer les fausses solutions, et de trouver des solutions plus fiables. En l'occurrence il peut, de mon point de vue, répondre à la "désabusion" (titre d'une chanson de Nino Ferrer) de ce voyageur.

De mon point de vue il y répond. Mais pas du point de vue de tous les lecteurs. Où réside ce décalage ?

Je fais l'hypothèse que ce que j'y écris est gênant, d'une certaine manière désagréable à lire : j'y écris des choses qui dérangent. Des arguments étayés, des sources citées, des injustices évidentes, des solutions pas forcément faciles à mettre en place mais accessibles pour tout un chacun (à l'inverse des solutions qui dépendent des experts ou des politiciens), et aussi des solutions qui nous impliquent.

Mais nous sommes tellement déresponsabilisés de nos jours ! Envahis par cette vie par procuration, par cette démocratie représentative, délégataire. Moi elles me plaisent, ces solutions, parce qu'elles me semblent à portée de la main et passionnantes à mettre en place ou à tenter de mettre en place. Et cette implication m'apparaît comme un jeu, un défi rempli de relations humaines riches.

 

 

Je fais cette autre hypothèse, que je suis perçu comme un électron libre qui n'a aucune légitimité face aux célébrités intellectuelles, locales ou nationales, qui répètent invariablement le contraire de ce que je peux dire, de ce que nous pouvons dire. Mes sources d'information, argumentées mais minoritaires numériquement, ne sont peut-être de ce fait même pas prises au sérieux.

Les sources d'information. La clé de tout. "Dis-moi à quelles sources tu t'informes, je te dirai qui tu es."

Prenons les films.

Autant de films que j'ai vus. Et qui m'ont retourné.

Nos enfants nous accuseront. Solutions locales pour désordres globaux. Le Titanic apicole. Bonheur national brut. Gold Men, résistants pour la terre. We feed the world. Le monde selon Monsanto. Chomsky & Cie. Les groupes Medvedkine.
 
Autant de films qu'ils n'ont pas vus.

En revanche ce qu'ils ont dans la tête je le sais. Nous le savons tous à peu de choses près.

Exemple vécu : "l'écart de revenus entre le SMIC et le RSA est trop faible, ce qui n'incite pas à travailler pour le même revenu ou presque, et comme les patrons ne peuvent pas augmenter le SMIC, il faut baisser le RSA".
Ou encore : "le travail au noir est la cause de tout".
Et celle-là aussi : "les dégâts du boursicotage ? Bah ! Si c'est pas moi ce sera un autre !"
Ou bien : "vas-y Robin, c'est très bien ce que tu fais ! (militer à Attac et autre) Je suis avec toi !"

Tout ça chez Doudou, appelons-le ainsi, une seule et même personne.

 

902803726_3938f5460a.jpg                                                                            Macaon

 

Et puis nous connaissons ce qu'il y a dans Le Figaro : la même chose à peu près que sur France-Info.

Mais eux ne savent pas ce que nous avons dans la tête. Ils sont ignorants. Ils n'ont pas vu tous ces films, ne lisent pas toutes ces revues, n'écoutent pas Mermet, ne lisent pas nos livres. Leur domination repose sur leur ignorance et leur cécité.  Ils refusent le dialogue. Ils font l'autruche. "Mais allez-y ! Prenez le pouvoir et faites changer les choses ! C'est ça la démocratie !" Doudou encore.

Eux ont TF1 dans leur manche.

Nous, nous avons la Commune de Paris : 10000 à 17000 victimes. Mais nous sommes encore là : nous repoussons sur le terreau de leur injustice.

Ils n'ont pas de temps à perdre à visionner tous ces films, à découvrir et reconnaître les dégâts de leurs actions : "Bah !" me disait Doudou, s'ensuivait un long silence, du genre "de toute façon on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs" ou encore "je ne vais commencer à rentrer dans ton jeu : j'suis pas sorti de l'auberge !" ou bien encore, expression entendue ce midi : "on aurait tort de se priver !" à propos d'un voyage "tout compris" en Irlande pour "seulement" 2000 €...
Vous vous demandez quelle durée, ce voyage ? Pas moi.


J'en viens au fait. Je mets les pieds dans le plat : qui c'est, "eux" ? C'est NOUS. Nous SOMMES les dominants. Nous avons intériorisé leur représentation du monde.


Exemple. Mon blog n'est pas militant : il est alter-militant, car leur représentation du monde, à tous ces doudou, est un militantisme omniprésent que nous ne voyons même plus tellement il se confond avec le paysage.

Nous nous identifions aux dominants, à Doudou, nous raisonnons comme eux, comme lui.

Et c'est pour cela probablement que mon blog n'a que 17 malheureux abonnés (39 mi avril 2013) malgré ses quelque 10 à 30 visiteurs par jour : lire des "Contes de la vie sans pétrole" c'est sympa, mais c'est trop indigeste. Et quant aux solutions suggérées - l'invention collective - elles sont tellement en décalage au regard des solutions habituelles - la fuite en avant scientifique, le retour de la croissance - et tellement minoritaires, noyées dans le Parti de la Presse et de l'Argent, qu'elles ne sont numériquement pas crédibles. Numériquement signifie que même si elles paraissent crédibles, les solutions proposées ici sont difficilement discernées et mémorisées face au flot de fausses solutions qui nous inondent quotidiennement.

Lorsqu'on a des centaines, des milliers de messages convergents, tout aussi faux qu'ils puissent être, si de temps en temps, des solutions crédibles apparaissent, elles disparaissent facilement, noyées dans la masse.

D'autant plus que cet alter-militantisme dont je me revendique ici fait une large place, lui aussi, à de fausses solutions : celles de la revendication, celles des conférences débats qui se suffisent à elles mêmes, celles du fantasme de la fameuse "prise de conscience" citoyenne, sans jamais passer à l'invention collective. Ou alors une invention pour recommencer à organiser des festivals, des conférences, des opérations coup de poing, mais PAS pour relocaliser collectivement la production et la consommation. Je l'ai suggéré récemment au groupe local d'Attac, la réaction a été : zéro. Pas de réaction. Un ange est passé.
 

Qui sont les ignorants ? Autant les électeurs de l’UMP que les lecteurs de Libé.

3654214473_42a9407c1a.jpg                                                                              Vulcain


Je parle à peu de monde aujourd’hui.
 
Et pourtant j’y crois encore. Je n’ai pas le choix. Y croire c’est comme respirer.

Nous sommes tous comme ce voyageur inconnu : Doudou s'en fout, le voyageur est inquiet, nous aussi, mais le résultat est le même : nous sommes déresponsabilisés. Nous baignons dans un pessimisme cynique.


Comment des initiatives comme celle du jardin des 400 goûts réussiront-elles à entrer en contagion auprès des collectifs d'habitants ?

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Published by Gorge Rouge - dans palabres
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commentaires

Thierry de Pontcharra 21/02/2014 12:50

Et voilà ce qu'on peut appeller " l ´enfer" de la discussion qui ne peut déboucher sur un vrai dialogue, car les choses ne sont pas mises en rapport les unes avec les autres d'une part et ensuite
un vrai dialogue suppose une confrontation qui est tout simplement introuvable via le régime d'une discussion( et avant que les choses changent de ce point de vue, il sera nécessaire de se tromper
encore pas mal de temps sur la nature de ce qui nous unit les uns aux autres, et les uns comme les autres...Aucune vérité dans ce que je raconte, simplement l'essai de faire un petit pas en avant..

Gorge Rouge 03/07/2010 00:26


Quand on critique une idole, je crois qu'il est impossible de le faire sans paraître méprisant, car du fait même de ce statut d'idole, toute critique à son égard est impensable, insupportable : "si
tu ne les respectes pas, c'est que tu les méprises."

Je ne vois pas comment comprendre autrement ton précédent commentaire, dans la mesure où il me semble avoir été tout ce qu'on voudra sauf méprisant.




Denis 31/05/2010 09:29


@Robin

Les gens d'Attac ne sont pas mes "copains".

Mon propos était plutôt amical !

Je vais le dire autrement : sans nous en rendre compte, nous pouvons être méprisants, adossés que nous sommes sur le roseau fragile de nos certitudes.


Gorge Rouge 31/05/2010 08:40


Bon si je te comprends bien on ne peut pas discuter puisque dès que j'expose un point de vue tu le désignes comme LA vérité.

Tu peux m'expliquer pourquoi TA vérité ne sera pas, elle non plus, LA vérité ?

C'est le fait d'oser critiquer tes copains d'Attac qui te met dans ces états ?

Bien à toi,
Robin


Denis 31/05/2010 07:18


Moi, j'ai encore envie de te parler.

Juste pour te dire ceci : tu n'as pas la vérité ! Ce que tu dis n'est que ta petite vérité. Moi, elle M'intéresse. Mais, dans la vérité, ta vérité y a toute sa part au même titre que celles des
autres, des militants de l'UMP et de Attac.

Il n'y a jamais eu d'intelligence supérieure. Et quand l'humanité a pu le croire, elle a enfanté des monstres !

De Damien Saez :"L'homme ne descend pas du singe. Il descend plutôt du mouton." Jean-Marie Le Clézio, un matin sur France Culture, s'étonnait de ce goût étrange que nous avions pour les hommes
forts.

Très amicalement !


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