Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 16:50

Hier 4 mars 2014, soirée sur l’immigration animée par le CEFED : film de Jean-Jacques Pellerin « Enfants de sans-papiers »  suivi d’une conférence débat de François Gemenne. http://www.dailymotion.com/video/x8427w_francois-gemmene_news

 

Plusieurs évidences peu connues sont dévoilées,

- moins il y a d’étrangers sur un territoire donné et plus les électeurs votent pour des lois qui durcissent les critères d’accueil des étrangers,

- les immigrés occupent des emplois sous-payés aux horaires invivables dont les français ne veulent pas, heureusement qu’ils sont là sinon  qui occuperait ces boulots ?

- les immigrés sont bien moins nombreux en France que dans la plupart des autres pays européens,

- l’immigration sud- nord est bien moins importante que celle sud-sud ou nord-nord,

- le taux d’étrangers en France baisse, passant de 6% en 1996 à 5% en 2006,

etc.

 

L’intervenant nous fait comprendre en quoi les politiques des partis de tout bord font fausse route en prenant les références du Front National comme valeur étalon en matière d’immigration. Au passage Rocard avec sa phrase dégueulasse « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde » qui assimile les immigrés à la misère du monde, et Fabius avec « le FN pose les bonnes questions mais donne les mauvaises réponses » en prennent pour leur grade. Etrange que le discours de François Gemenne, si pertinent, ne soit pas entendu, et encore moins intégré par les politiciens !

 

François Gemmene affirme en début de soirée que le secteur tertiaire, celui des services, déjà prépondérant, va continuer à se développer durablement.

 

J’interviens dans le débat pour tenter de remettre en question cette affirmation en argumentant que notre monde moderne repose sur le pétrole et que le blog avenir-sans-petrole annonce le pic de pétrole pour 2013-2015, ce qui va radicalement changer la donne puisque la mondialisation repose surtout sur l’exploitation des ressources fossiles, dont en priorité le pétrole, au détriment des cultures traditionnelles. Je termine mon intervention en citant l’historien Eric Hobsbawm qui décrit le XXème siècle essentiellement, non par ses deux guerres mondiales mais par la disparition de la petite paysannerie aux quatre coins monde.

 

4254810292_773a1a7285.jpg 

                                 grive
 

François Gemmene me répond qu’il « ne croit pas » au pic de pétrole, en référence aux malheureux 8% de sous-sols marins explorés à ce jour et au potentiel de gisements fantastique sous les mers et sous les glaces polaires. Il termine en disant que la référence au pic est un prétexte pour l’attendre alors qu’il vaut mieux se débarrasser du pétrole maintenant. Enfin il dit connaître Benoît Thévard, même s’il ne consulte pas son blog.

 

Je n’ai pas voulu répondre, et de toute façon je n’aurais pas pu entrer dans une joute verbale sans résultat. Mais j’ai tout de même vu deux conséquences possibles à cet échange. La première est le regard qui,  je crois, révélait un doute dans la tête du conférencier. La seconde est le regard d’une participante qui, se tournant vers moi, semblait me signifier : « tu vois, ton truc d’après pétrole ça vaut pas un clou, devant un prof de sciences po tu rentres chez toi te coucher vite fait bien fait ! »

 

 

Quand François Gemmene dit qu’il préfère une société sans pétrole dès maintenant plutôt que d’attendre le pic, fait-il ce qu’il faut pour cela ? Je vous laisse répondre. Pour moi c’est juste une formule qui lui permet d’éluder le problème en faisant croire qu’il s’en sort par le haut.

 

Quand il dit que la référence au pic de pétrole nous place dans une posture attentiste, pourquoi oublie-t-il de dire qu’il faut anticiper ce pic et non pas seulement l’attendre ? Et pourquoi ne dit-il pas que cette anticipation prend du temps, 10 ans selon Rob Hopkins, or ces 10 ans nous ne les avons plus ?

 

Pourquoi enfin ne dit-il pas que ce pic va arriver quoiqu’il en dise, et que « les générations futures » devront bien faire avec, mais il ne se sent pas appartenir à cette génération future : le peak oil c’est l’affaire des suivants, pas la nôtre !

 

 

L’animateur m’a fait comprendre que mes propos étaient trop hors sujet pour pouvoir poursuivre sur ce terrain. Mais le retour à un mode de vie artisanal, traditionnel, qui fera inéluctablement suite à cette parenthèse fossile qui aura duré 200 ans environ, est pourtant bien au centre du sens de la vie, du bonheur de vivre chez soi, de la production paysanne abondante, et de l’hospitalité qui a marqué l’immense majorité des cultures à travers le monde. C’est bien le pétrole avec ses corolaires : l’industrie et le monde monétarisé, qui ont marqué la fin des équilibres régionaux, l’apparition de la misère (voir « Quand la misère chasse la pauvreté »), l’augmentation des nécessités d’émigration et le renforcement des politiques protectionnistes en matière d’immigration.

 

Au bilan, si l’on retire ce texte qui sera lu par trois clampins et deux pleupleus, l’intervention de François Gemmene a conforté les représentations des personnes présentes dans leur certitude que le principal problème est celui de l’immigration, passant à coté de l’essentiel : une vision distanciée de notre monde qui prend en compte l’impasse des ressources fossiles, le mirage du progrès, l’escroquerie du développement, maître mot du petit livre que j’ai acheté sur place intitulé « Le droit d’émigrer ».

Partager cet article

Repost 0
Published by gorgerouge - dans braise
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Gorge Rouge
  • : Essentiellement préparer l'après pétrole localement, fruit d'une quête tous azimuts pour comprendre ce monde de fous.
  • Contact

Profil

  • gorgerouge
  • Voir http://gorgerouge.over-blog.com/article-a-la-recherche-de-l-evidence-14-janvier-2011-65012602.html