Il y a de cela un quart de siècle environ, j'avais 18 - 20 ans, j'ai lu "Voies indiennes", ouvrage épuisé.
J'y ai appris que certains amérindiens fondaient leur mode de vie sur le bien-être des sept générations à venir. En exemple, ils mentionnaient
qu'ils ne tuaient pas plus de bisons qu'il ne leur en fallait, et qu'ils ne donnaient pas naissance à trop d'enfants au regard de ce que le troupeau pouvait les nourrir.
Là-dessus est arrivé en occident l'idéologie de la croissance économique, seule méthode pour
pouvoir continuer à s'enrichir lorsqu'on est déjà plein aux as. Voir La
C… .
Et la croissance démographique y a trouvé pleinement sa place.
16 juin 2008
Par Gorge Rouge
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Il y a de cela déjà longtemps, un peuple d’aveugles avait commencé son autodestruction, tels les Mayas avant eux.
Un voyageur, observateur extérieur, leur dit comment sauver leur civilisation et le monde presque entier que leur destruction emporterait avec eux : il
suffisait de regarder derrière, et devant différemment.
Chacun pouvait entendre les paroles de ce voyageur, les répéter autour de lui et les mettre en pratique.
Que pensez-vous qu’il advint de ce peuple ? Il disparut.
Aujourd’hui personne n’est là pour raconter cette histoire, ni l’entendre : je suis mort et autour de moi, pas âme qui vive.
(26 novembre 2007)
Par Gorge Rouge
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Quand les faits divers ne sont pas classés
dans la rubrique ‘sinistrose’…
2 septembre 2003. C’est la rentré des classes, de retour à la maison. Dans le train, une petite demie-heure entre
Evreux et Bernay, des ados sont ‘un peu’ bruyants dans le compartiment d’à côté. Il y en a un notamment qui cogne violemment l’appui coude contre la buttée. Les trois adultes qui sont avec moi
dans le compartiment manifestent plus ou moins leur agacement. Celui qui est en face de moi souffle de plus en plus bruyamment (lui aussi !). Je finis par me lever avec
un large sourire aux lèvres, je sors du compartiment, je vais à celui d’à côté, j’ouvre la porte, je passe la tête, regard circulaire avec toujours le même sourire amusé, finalement je m’arrête
sur celui qui était derrière moi (celui qui cognait l’appui coude violemment contre la buttée) et je lui dis : « excuse-moi mais je suis assis derrière (je lui montre la cloison),
et ça me fait mal au cul… » Et là mon sourire se transforme spontanément en rire, qui devient très vite communicatif.
Là-dessus je referme la porte, je regagne mon compartiment encore plus jovial qu’en partant, et je dis à la ronde en m’asseyant : « j’ai fait
ce que j’ai pu mais je ne promets rien… » Déjà les trois adultes me regardaient d’un air ahuri, tellement surpris non seulement que je ne me sois pas énervé, mais surtout que j’aie trouvé le
moyen de me marrer et de faire marrer les ados par-dessus le marché.
Finalement les jeunes se sont calmés, j’en ai entendu un qui disait à un moment : « il a mal au cul ! » et puis le voyage s’est passé
calmement jusqu’au bout.
Par Gorge Rouge
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Tandis que je pédale, mon regard croise celui d’un nègre.
Avez-vous remarqué que « noir », pour eux, c’est péjoratif, alors qu’ils emploient le mot « nègre » en référence à la
négritude, tant défendue par Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire et d’autres ?
Il fait beau et chaud, j’arbore un sourire détendu. Lui aussi.
Notre échange dure. Son sourire lentement quitte son visage. J’ai la sensation que le mien quitte également mon visage. Pourtant il
n’en est rien. J’espère ne pas me tromper.
Dans cet échange changeant de quelques secondes, j’ai ressenti tout le racisme ambiant de notre culture. Si j’avais été raciste, ou même, pas
raciste : neutre, je me serais laissé porter par le regard que je recevais en succombant à l’imitation. Il aurait vu mon sourire quitter mon visage.
Sa méfiance se serait trouvée justifiée.
Et mon racisme latent aurait pris racine, puisque je lui aurais rejeté la responsabilité de la perte de mon sourire.
J’aurais justifié mon comportement physique, qui prime sur la pensée.
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texte paru dans la revue Globules n° 65 d'octobre 2005 en page 16 et disponible aussi sur :
http://www.globules.com/mixit%8E.pdf
Par Gorge Rouge
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C’est à 32 ans que je prends conscience que si les grand-mères et les grand-pères sont si souvent tant aimés de leurs petits-enfants et s’ils les aiment tant,
avec autant de gentillesse, de générosité et de patience, c’est forcément en très grande partie parce qu’ils ont ce sentiment, inconnu des jeunes, qu’ils sont en sursis. Ils savent que leurs
petits-enfants, âgés de trois ans, sept ans, dix ans, ils ne les verront pas grandir longtemps. Dans un an ou deux peut-être, pour eux grands-parents, la croissance de leurs petits enfants
s’arrêtera là.
Comment avoir de grandes ambitions, des projets à long
terme, des exigences éducatives basées sur de nombreuses années d’effort lorsque l’on sait que l’avenir n’est pas pour nous ? Et que faire d’autre pour nos petits enfants, sinon les aimer
tels qu’ils sont puisqu’ils ne seront jamais autres, ou si peu, et profiter avec eux du moment présent, des confiture aux abricots, des crèmes au chocolat, des bouillies blanches et des clafoutis
savoureux pleins de noyaux ?
À 32 ans, je viens de comprendre ça. Et
eux, les vieux, n’en parlent jamais, bien qu’ils l’aient forcément compris, puisqu’ils le ressentent chaque jour un peu davantage. Nous pouvons nous interroger : pourquoi n’en parlent-ils
pas ? Mais eux se demandent, probablement, plutôt : à quoi bon ?
2 mai 1996
Par Gorge Rouge
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