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31 août 1984 5 31 /08 /août /1984 21:00

[SOS-planete] Les crises de la semaine

De : Terre sacree (vivant12@wanadoo.fr)

Envoyé :

dim. 12/10/08 17:12

À :

  

L'auteur Jean Lemire est biologiste,
photographe et cinéaste.
Il a été chef de trois missions
à bord du voilier Sedna IV,
dont la plus récente en Antarctique.
Il signe chaque semaine une chronique dans nos pages.

voir le lien :


http://www.cyberpresse.ca/opinions/chroniqueurs/jean-lemire/200810/12/01-28812-les-crises-de-la-semaine.php

 

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29 août 1984 3 29 /08 /août /1984 15:20

quinoa, protéine végétale
source icônographique :
 http://aluminealumee.blogspot.com/2008/10/ma-maman-me-demande.html


Il existe une autre raison majeure pour laquelle nous sommes en train d’épuiser le sol très rapidement et nous ne pouvons, dans le cadre de cette conférence, que l’évoquer brièvement. Admettons que ce podium soit un champ d’un demi-hectare : c’est de cette surface, en moyenne, dont nous avons besoin pour cultiver le fourrage nécessaire annuellement à un bœuf ou à une vache. Cela peut être un peu plus ou un peu moins, mais en moyenne il faut un demi-hectare par animal et par année. Tout le carbone de la paille, du foin, de la luzerne ou toute sorte de fourrage consommé par le bœuf ou la vache et produit sur ce demi-hectare, nous allons l’appeler une “unité de carbone”. Cette unité va nourrir une vache ou bien alors deux chèvres, puisque deux chèvres consomment autant qu’une vache. La bouse de vache, ou le crottin de chèvre, qui résulte de cette consommation ne contient qu’une demi-unité de carbone car l’autre moitié a été métabolisée dans les processus de vie de l’animal. (Ne vous méprenez pas : je ne suis ni contre les vaches, ni contre les chèvres ou les poulets). Ensuite, vous compostez ce fumier et les microbes utilisent pour leurs propres processus métaboliques une moitié de la demi-unité restante. Il vous reste donc, lorsque le processus de compostage est achevé, un quart d’unité de carbone que vous allez pouvoir épandre sur le quart de la surface de départ, à savoir le quart d’un demi-hectare. Il existe à peu près trois milliards de vaches et de bœufs sur la planète actuellement. Les quantités phénoménales de nourriture nécessaire à l’alimentation de ce bétail et de l’humanité constituent donc un véritable défi parce que le carbone est, pour l’un comme pour l’autre, utilisé de façon irrationnelle. Il existe des solutions a minima et vous pouvez en fait cultiver tout le fourrage essentiel à une vache sur une surface d’un dixième d’hectare et même moins mais ce point est également en dehors du sujet de la conférence de ce soir.

Nous avons distribué un petit livret sur les pratiques d’agriculture bio-intensive, sur la situation alimentaire mondiale et sur la santé des sols. Je vous prie de consulter les trois schémas qui mettent en valeur la surface nécessaire pour l’alimentation d’une personne en fonction des différents régimes, des différentes cultures et des diverses modalités agricoles. Le premier schéma concerne les pratiques agricoles mécanisées chimiques ou biologiques aux États-Unis. Le second schéma concerne l’agriculture des nations en voie de développement et le troisième schéma est relatif aux pratiques de l’agriculture bio-intensive. Dans ce troisième schéma, le chiffre 4 en bas à droite signifie qu’un certain nombre de nations de la planète n’ont actuellement de l’eau que pour arroser quatre unités de terre. Quatre unités de terre correspondent, approximativement, à 500 m2. Selon la Banque Mondiale, un tiers des nations du monde manque d’eau, à un degré ou à un autre. En fait, la Banque Mondiale conseille à ces nations d’utiliser leur eau non pour la production alimentaire mais pour la confection de produits manufacturés dont la vente leur permettra d’acheter de la nourriture. C’est une vue à court terme, car actuellement le surplus de nourriture sur la planète ne représente que 50 jours de consommation et ce chiffre est à la baisse. Prenons conscience que nous avons tendance à consommer plus que nous ne produisons. Vers où ces nations vont-elles bientôt se tourner pour acheter de la nourriture? Avec des pratiques Bio-intensives cependant, ainsi qu’une meilleure compréhension de l’alimentation, vous pouvez réellement produire toute la nourriture nécessaire à une personne annuellement et, grâce à de bonnes plantes de carbone, vous pouvez produire tout le compost nécessaire à la production alimentaire d’une personne sur une surface aussi petite que 500 m2. Et vous pouvez produire toute cette nourriture sur un mode durable.

Regardons maintenant les colonnes du second schéma. Dans une quinzaine d’années, en l’an 2014, 90 % de l’humanité ( à savoir les peuples des pays en voie de développement) ne possédera que 9 unités de terre, à savoir 1100 m2, pour produire les aliments d’une personne à l’année.

De plus, selon une étude menée par l’Université de Stanford, dès l’année 2025, l’humanité manipulera la moindre parcelle de la biomasse vivante de cette planète : tous les animaux, tous les arbres, tous les brins d’herbes... Plus rien ne croîtra de façon naturelle.

Bien sûr, nous n’arriverons jamais à une telle situation. Pourquoi? Parce que la plupart ces cycles naturels animaux et végétaux vont se briser. Les cycles naturels vont être détruits par l’extinction des espèces, y compris les espèces de microbes, dont certaines sont déjà en voie d’extinction. Un des avantages de l’agriculture Bio-intensive est de permettre de produire toute la nourriture nécessaire à une personne sur à peine la moitié de la parcelle de terre fertile qui lui est disponible, à condition de développer un niveau raisonnable de compétences quant à la pratique Bio-intensive et un niveau raisonnable de fertilité des sols. Qu’est ce que cela signifie? Cela signifie que plus de la moitié de la terre fertile peut être conservée sauvage. Si nous voulons survivre en tant qu’espèce, il va falloir nous assurer que d’autres espèces survivent également. Il va nous falloir sauver non seulement les semences mais aussi la diversité génétique des autres plantes et des autres animaux. C’est le propos essentiel des dynamiques de protection de la biodiversité. Cependant, ce sont de nombreuses espèces que nous ne pourrons jamais sauver à moins que nous ne laissions une partie des terres à l’état sauvage.

Examinons maintenant le premier schéma qui concerne les pratiques agricoles mécanisées chimiques et biologiques des USA. Les rendements de l’agriculture biologique sont équivalents à ceux de l’agriculture chimique. Si vous êtes végétalien, à savoir si vous ne consommez aucun produit ou sous-produit animal (oeufs, viande, lait...), vous n’avez besoin que de dix unités de terre pour votre consommation alimentaire annuelle. Cependant, la plupart de l’humanité n’aura que 9 unités de terre : cela veut dire que si tout le monde suivait un régime végétalien, (et je ne souhaite mettre en avant aucun régime alimentaire), seulement 90 % des personnes des pays en voie de développement pourraient manger à leur faim. La consommation alimentaire moyenne des USA, quant à elle, comprenant viande, oeufs, fromage et lait, requiert jusqu’à 42 unités de terre. Si tout le monde consommait ce type de régime, seulement 25 % des personnes des pays en voie de développement pourraient manger à leur faim, car il n’y aurait bien sûr pas assez de terres agricoles pour produire ce type de régime alimentaire pour tout un chacun. (Vous pouvez maintenant comprendre pourquoi on utilise ces arguments pour promouvoir les biotechnologies). Maintenant, si votre régime alimentaire comprend énormément de viande, il requiert jusqu’à 85 unités de terre, ce qui fait à peu près un hectare. Avec ce type de régime alimentaire, seulement un peu plus de 10 % des personnes des pays en voie de développement pourraient manger à leur faim.

Voici ce qui est magnifique avec la micro-agriculture durable et Bio-intensive : en ré insufflant la vie dans le sol, nous avons été capables d’élaborer l’équivalent de 500 ans de sol en l’espace de huit années et demies, quant à sa structure de carbone humifère, selon une Maîtrise tenue à l’Université de Californie à Berkeley, dans la section des sciences des sols. En nous focalisant sur la création d’un sol riche, nous avons développé la capacité de générer des productivités très élevées (de type Révolution Verte) avec une fraction seulement des intrants. Ce type d’agriculture peut générer de deux à six fois plus de productivité, par unité de terre, que l’agriculture commerciale tout en consommant de 67 à 88 % moins d’eau par kilo de nourriture produite que l’agriculture conventionnelle. Cela veut dire concrètement que la micro-agriculture durable et Bio-intensive utilise de 6 à 8 fois moins d’eau que l’agriculture conventionnelle. Récemment, la Californie a subi une sécheresse de sept ans. Si l’on avait eu recours à ce type d’agriculture depuis déjà un certain nombre d’années, il n’y aurait pas eu du tout de sécheresse car une “année normale d’eau” aurait duré de 6 à 8 années. L’agriculture Bio-intensive utilise également de 50 à 100 % moins de nutriments organiques achetés par kilo de nourriture produite en comparaison des intrants que l’agriculture conventionnelle achète. Toujours en comparaison avec cette agriculture conventionnelle, l’agriculture Bio-intensive utilise 99 % moins d’énergie. Ainsi, les semences véritables, telles que celles que nous protégeons, peuvent produire tout autant et même plus que les semences de ce que l’on appelle la Révolution Verte. De plus, dans le cas des céréales, les variétés traditionnelles peuvent produire plus de carbone que les variétés de la Révolution Verte qui ont été développées pour ne produire qu’une petite quantité de carbone. Dans une certaine mesure, il se peut que les variétés de la Révolution Verte ne soient pas des variétés d’agriculture durable en termes de production de carbone pour le compost sans même parler du fait qu’elles ont été développées (sélectionnées ?) pour un spectre de températures très étroit. Ces variétés ne vont plus fonctionner aussi bien si la température de la planète augmente ou décroît de façon significative. Dans ce cas, cela va prendre de cinq à dix années pour en développer de nouvelles qui soient adaptées aux variations climatiques. Et que ferons-nous pendant ce laps de temps?

L’agriculture Bio-intensive peut également réhabiliter des sols. Nous avons déjà évoqué le fait que la terre se désertifie de plus en plus et qu’il y a de moins en moins de terres agricoles. Cette situation de fait ne peut nous satisfaire et nous pouvons réellement réhabiliter les sols mais pour ce, il nous faut des plantes à carbone. Dans la nature, il faut en moyenne 500 ans pour produire 2,5 cm de terre fertile ; il faut, de plus, environ 15 cm de terre fertile pour produire de bonnes plantes en agriculture. Cela veut dire que l’élaboration d’un bon sol agricole requiert 3000 années. Aux États-Unis, nous avons détruit 75 % de notre sol arable en 220 années, de par nos pratiques agricoles. Il nous faut maintenant renverser la vapeur.

Je souhaiterais maintenant vous montrer ce qui se passe lorsque nous utilisons les pratiques de l’agriculture Bio-intensive et lorsque nous consommons un kilo de nourriture produite de façon Bio-intensive. Ces pratiques peuvent produire de deux à six fois plus mais elles peuvent probablement détruire les sols de deux à six fois plus vite si elles ne sont pas utilisées à bon escient. Il est ainsi de notre responsabilité d’appliquer correctement ces techniques. ( Le conférencier mange une cuillère de compote et remet 20 cuillères de sol dans la “banque de sol”). Ainsi, pour tout kilo de nourriture produite et consommée, nous pouvons créer 20 kilos de sol. Nous pouvons générer 20 tonnes de sol par an et par personne lorsque nous utilisons correctement les méthodes de l’agriculture Bio-intensive.

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Au début de ma conférence, je vous ai dit que je ne me permettrais pas d’évoquer les mauvaises nouvelles si nous ne pouvions rien faire pour leur trouver des solutions. La question reste de savoir comment. Lorsque vous consultez la première page de votre petit manuel, vous y trouvez un cercle mettant en valeur les pourcentages des diverses cultures nécessaires à une production maximale et durable de calories. C’est un cercle holistique dont tous les éléments sont en relation d’harmonie.

Imaginons que ce cercle représente votre ferme ou votre jardin. Il vous faut consacrer 60 % de la surface à la production de céréales ou de plantes à grains afin de générer une abondance de carbone. Cela peut être du maïs doux : cela ne donne pas beaucoup de calories mais cela possède une belle saveur. Cela peut être du maïs dur, de l’amarante, de la quinoa, du millet, du blé, du seigle, de l’avoine, de l’orge et beaucoup d’autres plantes similaires. La plupart de ces plantes vont générer une certaine quantité de calories (qui n’est pas considérable mais qui est cependant moyenne) ainsi qu’une grande quantité ou une très grande quantité de carbone.

Il vous faut ensuite consacrer 30 % de la surface de votre jardin à la culture de plantes à racines primordiales tels que la pomme de terre, la patate douce, l’ail, le salsifis, le panais, le manioc... Toutes ces plantes vont produire une abondance de calories. Ce qu’il y a de magnifique avec l’ail, c’est que vous pouvez en consommer 2 kilos par jour qui vont vous donner toutes les calories dont vous avez besoin quotidiennement. Vous ne serez jamais malade parce que personne n’osera vous approcher!
Il vous faut ensuite cultiver 10 % de la surface de votre jardin en légumes verts pour les vitamines et les minéraux. En fait, 5 % suffiraient même. Vous pouvez évidemment en cultiver plus si vous aimez beaucoup les légumes, mais d’un point de vue nutritionnel, cette surface suffit.

Faisons comme si nous avions une micro-ferme sur ce podium - une sorte de petit monde, de Petit Prince. Quelle culture va générer le plus de nutrition en ce qui concerne les calories? Le soja ou la pomme de terre? La réponse n’est pas évidente. C’est en fait la pomme de terre qui produit le plus de calories. Cependant, ce qu’il va être important de concevoir, dans le futur, ce n’est pas la quantité de calories par kilogramme de nourriture ou le ratio calorie-poids. Les légumineuses et les grains possèdent un haut pourcentage de calories et ils sont donc très performants quant au contrôle du poids. Cependant, l’aspect essentiel qu’il va nous falloir développer dans le futur est de déterminer les performances des pratiques agricoles en termes de production de calories, et de gestion de surface. Nous allons découvrir qu’il existe des économies de petite échelle telle l’informatique qui est la miniaturisation de l’électronique.

Ce dont nous parlons maintenant est la miniaturisation de l’agriculture. Nous ne l’avons pas inventée. Ce sont les Chinois qui l’ont mis en œuvre il y a 4 à 6000 ans et les Grecs et les Boliviens il y a à peu près 2000 ans. La question est maintenant de savoir, en termes de production de calories, de combien la pomme de terre est plus performante que le soja. De 25 %, de 100 %, de 200 %, de plus de 200 %? En fait, la pomme de terre possède la capacité de produire 2000 % plus de calories que le soja, par unité de terre ! C’est un phénomène très complexe que l’on ne peut qu’évoquer ce soir mais la pomme de terre peut produire 20 fois plus de calories que le soja sur une même surface de terre.

Cela signifie que vous pouvez produire toutes les calories nécessaires durant une année pour une personne avec des pommes de terre sur une surface aussi petite que 0,6 unité de terre. Pas 4, ni 6 mais 0,6 unité de terre, ce qui équivaut approximativement à 75 m2 . Par contre, la production de ces mêmes calories avec du soja requiert jusqu’à 12 unités de terre, à savoir plus que les 9 unités de terre qui seront disponibles pour les habitants des pays du Tiers Monde en l’an 2014. Je vais m’attirer des ennuis ici en plein milieu des plaines du Mid-West et je ne devrais sans doute pas dire cela mais le soja n’est pas la nourriture du futur car il n’est pas assez performant en termes de ratio surface/calories. J’aime beaucoup le tofu, le miso, le tamari et j’apprécie parfois de manger de la viande d’animaux nourris avec du soja, mais il y a de plus un autre problème avec le soja, tout aussi bien d’ailleurs qu’avec la pomme de terre. Ni l’un, ni l’autre ne produisent beaucoup de carbone. Vous obtenez à peu près 2,5 kg de matière compostable sèche avec une culture de soja ou de pomme de terre sur une parcelle de 10 m2 alors qu’il nous est nécessaire de produire entre 7,5 kg et 15 kg de matière sèche compostable sur une parcelle de cette surface afin de générer une fertilité du sol qui soit durable. Ainsi, afin qu’un régime alimentaire fondé sur la pomme de terre soit viable quant à l’aspect de la durabilité, il est nécessaire de cultiver six autres planches d’une culture telle que le maïs, parce que cette plante peut produire assez de carbone pour la surface sur laquelle il croît. En fait, le maïs peut même en produire assez pour le double de la parcelle sur laquelle il croît, et peut-être même plus. Cette performance dans la capacité de produire du carbone est essentielle. Dans le futur, une agriculture et un jardinage générateurs de carbone seront les seules issues de secours pour assurer la fertilité des sols. De plus, une agriculture et un jardinage générateurs de calories seront essentiels à l’équilibre nutritionnel et ce sont les plantes à racines qui permettront en grande partie de produire ces calories.

Venons maintenant à encore plus de détails car je souhaite réellement aiguiser votre appétit à faire croître des plantes à grains en voie d’extinction. Je souhaite que vous puissiez cultiver toutes les plantes en danger d’extinction : les légumes, les baies, les noix, les fruits et en plus les plantes à grains. Qu’en est-il du sorghum ? (sorgho ?) Ce n’est pas une plante parfaite et sa culture peut entraîner des effets négatifs que nous n’avons pas le temps d’approfondir. Néanmoins, le sorghum a la capacité de produire, dans des conditions dures et sèches de culture, assez de carbone pour lui-même et, en fonction des variétés, assez de carbone pour une fois, deux fois, trois fois et parfois quatre fois plus de surface que la parcelle sur laquelle il croît. Il va nous falloir des plantes pour contre-balancer les laitues, les radis et les tomates qui ne produisent pas suffisamment de carbone pour leur propre fertilité de sol. Il existe quelques variétés de sorgho au potentiel intéressant tels que Santa Fe, Black Kaffir et Lesotho. La variété Lesotho est particulièrement intéressante parce qu’elle est bonne à manger et qu’elle produit beaucoup de carbone. Dans le futur, alors que la planète se désertifie de plus en plus, il va être essentiel de prendre en considération non seulement la production de carbone et de calories en relation avec les paramètres de la surface et du temps mais aussi en relation avec le paramètre de l’eau. Il existe, par exemple, une espèce de millet japonais pour gourmet qui croît en 45 jours et qui utilise 1/3 de l’eau utilisée par d’autres plantes à grains ou céréales. Ainsi, en très peu de temps ce millet produit autant de carbone et de calories que ce que produisent d’autres plantes à grains en beaucoup plus de temps. Peut-être pourriez-vous tenter la culture de cette espèce dont il est peu aisé d'obtenir des semences : on en connaît, cependant, une trentaine de variétés.

C’est sans doute parce qu’elle utilisait des pratiques d’agriculture Bio-intensive que la culture Maya survécut, il y a à peu près un millénaire, alors que les autres cultures s’effondrèrent. Des recherches récentes ont mis en valeur que les régions de la culture Maya qui survécurent le plus longtemps furent de petites communautés de production alimentaire à l’image de ce que nous faisons dans nos jardins et de ce que beaucoup de jardiniers réalisent dans leurs jardins. Nous avons la possibilité de sauver des semences, de créer du sol et de produire nos aliments durant une période de l’évolution du monde pour laquelle ces trois aspects vont devenir essentiels. Nous allons être ainsi capables de transformer la pénurie en abondance.

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Les pratiques Bio-intensives sont constituées des éléments suivants :

* Tout d’abord, nous préparons le sol en le travaillant sur 60 cm de profondeur, au lieu de 15 cm de profondeur tel que le fait l’agriculture, en faisant pour ainsi dire du quadruple bêchage. La finalité est d’améliorer la structure du sol et lorsqu’elle est améliorée, il n’est plus nécessaire de réaliser un double bêchage. Il est ensuite suffisant d’ameublir le sol sur 5 cm et de travailler en surface.

* Secondement, nous utilisons du compost. Si vous avez dans la main un morceau de compost de la taille d’une grosse pièce de monnaie, ce que vous tenez est approximativement 6 milliards de formes de vie microbienne. Que la Force soit avec vous!

* Troisièmement, du fait que le sol soit travaillé très en profondeur, ce qui permet aux racines de s’étendre en profondeur plutôt que vers la périphérie, et du fait de la fertilité générée par le compost et la vie microbienne, nous pouvons planter nos plantes de façon si rapprochée que leurs feuilles se touchent quasiment. Lorsque les plantes sont mâtures, le rendement est de deux à six fois supérieur, en comparaison avec une pratique conventionnelle de jardinage. Le résultat semble être une scène de la nature plutôt qu’un tableau de peinture abstraite plein de petits déserts entre les rangs. La racine est l’organe de contrôle de la plante. Dans les années 1950, le Professeur Snyder de l’Université de Californie à Berkeley, découvrit que lorsque l’on améliore la vitalité des racines, de la plupart des plantes cultivées traditionnellement dans nos champs, dans une toute petite mesure, de 2 à 4 %, la productivité de ces plantes peut augmenter de deux à quatre fois. Une petite amélioration du système racinaire génère une très grande augmentation de productivité et de nutrition. Pour résumer, le troisième élément est donc un espacement très serré, parce que les racines des plantes ont la capacité de s’étendre en profondeur plutôt que de façon horizontale.

* Quatrièmement, nous pouvons mettre en oeuvre le compagnonnage des plantes. C’est une association de culture des plantes qui croissent mieux ensemble que séparément. Par exemple, les haricots verts et les fraises croissent plus harmonieusement ensemble que séparément. Il en est de même avec les laitues pommées qui ont une meilleure saveur lorsqu’on les associe avec des épinards, à raison d’un plant d’épinard pour quatre têtes de laitues. Elles ont de plus une meilleure saveur lorsqu’on les cueille tôt le matin avant même que le soleil ne se lève, non pas avant que le soleil levant les effleure mais plutôt avant que le soleil ne se lève.

* Cinquièmement, ces pratiques agricoles Bio-intensives constituent un système global. Il ne suffit pas de préparer un sol épuisé sur 5, ou 10, ou 15 cm et de placer les plantes de façon très serrée. Si vous n’utilisez pas de compost, le système ne peut pas fonctionner.

* Le sixième point concerne la production de carbone à la ferme ou dans le jardin.

* Le septième point concerne la production de calories pour un équilibre nutritionnel total.

* Le huitième point qui est le dernier, mais non le moindre, concerne l’utilisation de semences de variétés fixées, afin de promouvoir la protection de la diversité génétique.

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Ce que j’aimerais que vous fassiez maintenant est que vous placiez vos mains en face de vous et que vous les teniez en coupe ouverte. Fermez vos yeux. Candide a dit et je vais le paraphraser : “Le monde entier est un jardin et quel endroit magnifique ce pourrait être si chacun d’entre nous prenait soin de notre partie de monde, à savoir notre jardin.” La Terre est notre jardin et tout cela peut faire un monde de différence!


Voici un résumé des tableaux graphiques présentés par le conférencier. La surface indiquée est la surface de terre cultivée par année et par personne, en fonction des régimes alimentaires.
John Jeavons précise que, déjà, de nombreux pays du Tiers-Monde ne peuvent irriguer que 450 m2 par année et par personne.

Agriculture mécanisée, biologique ou chimique aux États-Unis.
Régime très carné : 9350 m2 par année et par personne.
Régime moyen : 4700 m2 par année et par personne.
Régime végétalien : 1100 m2 par année et par personne.

Agriculture des pays du Tiers-Monde.
Régime moyen en 1988: 2420 m2 par année et par personne.
Régime moyen en projection de l'an 2000 : 1760 m2 par année et par personne.
Régime moyen en projection de l'an 2014 : 990 m2 par année et par personne.

Agriculture bio-intensive.
Avec des rendements moyens et un régime végétalien: 440 m2 par année et par personne.

Conférence de John Jeavons donnée durant le Rassemblement annuel du Seed Savers Exchange. USA.
Eté 1998.

Traduction de l'anglais de Dominique Guillet.

John est également l'auteur d'un célèbre ouvrage, publié à 300 000 exemplaires : How to grow More vegetables

Pour le contacter :
Ecology Action
5798 Ridgewood Road
Willits, CA 95490.
USA
Phone: (707) 459-0150
e-mail:
bountiful@sonic.net
Web site: http://www.growbiointensive.org

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28 août 1984 2 28 /08 /août /1984 11:14

Trouvé sur la lettre électronique de Terre sacrée
 
Soirée Théma d’Arte ce mardi 2 décembre 2008 à 21 heures 
 
              amarante queue de renard
              source icônographique :
http://www.vwt-fleurenfeuilles.com/ete.htm
 
Alors que la mondialisation est censée être synonyme de croissance, le monde se trouve dans une situation qu'il n'a plus connue depuis trente ans : les stocks de céréales n'assurent plus que 37 jours de nourriture à la population mondiale. C'est bien en-deçà du niveau officiel de la sécurité alimentaire, fixé à soixante jours. Le monde risque d'être plongé dans une crise très grave. Les statistiques indiquent que les récoltes de 2008 seront insuffisantes pour nourrir tous les habitants de la planète, pour la septième fois en huit ans. Au moment même où la demande chinoise en céréales s'est brusquement accélérée, les biocarburants ont commencé à redessiner la carte de l'agriculture mondiale. Aux Etats-Unis, la production d'éthanol à base de maïs engloutit le tiers des récoltes du pays.
 
______________________
 
Cela commence par un documentaire choc de 80 minutes d’Yves Billy, qui présente des images fortes, en particulier d’Afrique, d’Argentine et de Chine, entrecoupées de nombreuses interventions très claires de spécialistes qui donnent des clés pour mieux comprendre, dont Bruno Parmentier, qui intervient régulièrement, un peu comme fil rouge, mais aussi par exemple Lester Brown ou Marc Dufumier.
 
Ce document coup de poing donne une alerte très précise sur ce qui nous attend si nous ne nous saisissons pas collectivement du problème agricole et alimentaire mondial. Malheureusement il ne donne guère de solutions, mais il fixe très clairement les enjeux.
 
Ci-dessous une interview que Bruno Parmentier a donné à Arte à cette occasion
 
« Pour une révolution de la pratique agricole »
Directeur de l’ESA (École Supérieure d’Agriculture), Bruno Parmentier, ingénieur des mines et économiste, est l’auteur d’un ouvrage référence Nourrir l’humanité (Ed. La Découverte, 2007, prix Terra 2008) sur le défi alimentaire. Il en décrypte les enjeux.
 
Pourquoi n’a-t-on pris conscience de la crise alimentaire qu’en 2007 ?
 
Alors que huit des dix dernières ont été déficitaires en céréales, les stocks préalablement constitués (environ six mois de consommation depuis des décennies) ont un temps permis de maintenir les cours à bas niveau, jusqu’à ce qu’apparaisse la réalité d’une légère pénurie : nos stocks de céréales sont actuellement au plus bas depuis la 2ème guerre mondiale. Or quel que soit le prix, la demande des 6,5 milliards d’habitants sur la planète, elle, ne fléchit pas. Elle augmente même de 2% par an, entre les 80 millions de « convives supplémentaires », la croissance de la consommation de viande et de lait par une partie de la population, notamment les classes moyennes d’Asie, et la production de biocarburants. En outre, au gâchis à la production dans le Sud – les récoltes pourrissent par insuffisance de transports et de stockage -, s’ajoute celui, effrayant, à la consommation dans le Nord. Ainsi, en 2007, les courbes de croissance structurelle de la demande mondiale et celle de l’offre, très dépendante des conditions climatiques, se sont croisées.
 
Comment vont évoluer l’offre et la demande alimentaire mondiale dans les prochaines décennies ?
 
Avec environ 3 milliards d’habitants en plus d’ici 2050, la demande alimentaire variera en fonction des continents. Afin que chacun mange à sa faim, il faudrait doubler la production agricole mondiale, mais en réalité la multiplier par 5 en Afrique, 2, 3 en Asie et 1,9 en Amérique latine. L’offre aura beaucoup de mal à suivre. Pourtant, le XXème siècle a enregistré certains succès en la matière. Ce n’est peut-être pas glorieux, mais alors que la population quadruplait, le chiffre de ceux qui souffraient de la faim est resté stable, à savoir 850 millions. On a donc produit nettement plus, mais avec beaucoup plus de ressources. Désormais, nous allons devoir faire toujours plus, mais avec moins de ressources, ce qui est beaucoup plus difficile.
 
Moins de terres, mais aussi moins d’eau et d’énergie…
 
Les terres arables (1,5 milliard d’hectares soit 12% de la planète) ne sont pas extensibles. Bien que les réserves, essentiellement les forêts tropicales, soient mises en culture à un rythme déraisonnable, accélérant le réchauffement climatique, nous perdons plus de terres que nous n’en gagnons, à cause de la pollution et de l’urbanisation massive. La Chine, par exemple, perd 1 million d’hectares par an ! Si en 1960, nous mangions à deux sur un hectare de terre cultivée pour quatre aujourd’hui, nous serons six en 2050. De plus, le réchauffement de la planète augmente les problèmes dus à l’eau et nous aurons à la fois davantage de sécheresse (par exemple depuis cinq ans, il ne pleut plus en Australie, qui était un grand pays exportateur de céréales) et davantage d’inondations. Nous exploitons 200 millions d’hectares irrigués sur la planète et ne pourrons augmenter ce chiffre que de 20%, avec d’énormes investissements, tandis que le niveau des nappes phréatiques va baisser de façon très importante dans de nombreuses régions. Enfin, l’agriculture est très « énergétivore » : pour produire une tonne de blé, il faut près de 300 litres de pétrole, pour les engins, mais surtout pour les engrais et les pesticides. Les agriculteurs devront impérativement produire avec moins d’énergie. Dans le même temps, on leur demande de remplir les réservoirs d’essence avec les biocarburants. C’est un défi gigantesque.
 
Quelles solutions préconisez-vous ?
 
Au XXème siècle, on a artificialisé au maximum l’activité agricole, et notamment par la chimie, à travers les engrais, les fongicides, les insecticides et les herbicides. Une solution coûteuse, tant sur le plan financier qu’en termes d’énergie, de pollution et d’impact sur la santé. L’âge de la chimie pour l’agriculture est maintenant révolu. Le XXIème siècle devra être celui de la biologie, et en particulier de l’agriculture à « haute intensité environnementale ». Il faut trouver des moyens de faire jouer à la nature le rôle des engrais et des pesticides, c’est à dire par exemple avoir recours à des associations de plantes qui se protègent et se nourrissent entre elles et plus généralement faire appel à la biodiversité. Les vers de terre, par exemple, qui sont d’excellents laboureurs, les abeilles pollinisatrices, les bactéries, les champignons, etc. En outre, comme dans les régions tropicales, nous devrons récolter au moins deux fois l’an : une l’hiver pour nourrir la terre avec des plantes fixant le carbone et l’azote et économiser les engrais, et une l’été pour nourrir les hommes. Cette révolution urgente de toute la pratique agricole implique de vastes programmes de recherches. D’autant qu’il va falloir inventer des milliers d’agricultures, une par canton et par micro-climat…
 
Que pensez-vous du débat sur les OGM ?
 
Il est faussé, parce que les premiers OGM n’apportent pas de réelle solution aux problèmes de l’humanité et qu’ils ont été fabriqués par une multinationale américaine spécialisée dans les herbicides et les insecticides, Monsanto, dont le gouvernement américain a assuré des conditions favorisant le monopole, la privatisation du vivant et une impunité face aux dérives. Mais les vrais enjeux sont autres, par exemple la mise au point de céréales moins consommatrices d’eau ou de plantes productrices de protéines ou de vitamines, ou résistantes au froid ou à l’altitude, etc. Il peut y avoir des OGM « de vie ». Tandis que l’Europe bloque sur la question, les OGM plantés dans le monde recouvrent déjà cinq fois la surface agricole française. S’il faut d’abord parier sur une agriculture à haute intensité environnementale, nous devons aussi lancer des recherches, publiques, sur les OGM en garantissant la sécurité pour calmer les peurs qui se sont multipliées. Car si les paysans échouent, la faim, elle, sera également très dangereuse quand elle engendrera émeutes et guerres.

 

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3 décembre :

Comme je n'ai pas la télé, une amie m'a envoyé le lien pour voir le documentaire (pendant 7 jours, jusqu'a lundi ou mardi prochain...) C'est ici sur ARTE+7:

http://plus7.arte.tv/fr/detailPage/1697660,CmC=2319020,scheduleId=2299590.html

 

 

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