Tandis que je pédale, mon regard croise celui d’un nègre.
Avez-vous remarqué que « noir », pour eux, c’est péjoratif, alors qu’ils emploient le mot « nègre » en référence à la négritude, tant défendue par Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire et d’autres ?
Il fait beau et chaud, j’arbore un sourire détendu. Lui aussi.
Notre échange dure. Son sourire lentement quitte son visage. J’ai la sensation que le mien quitte également mon visage. Pourtant il n’en est rien. J’espère ne pas me tromper.
Dans cet échange changeant de quelques secondes, j’ai ressenti tout le racisme ambiant de notre culture. Si j’avais été raciste, ou même, pas raciste : neutre, je me serais laissé porter par le regard que je recevais en succombant à l’imitation. Il aurait vu mon sourire quitter mon visage.
Sa méfiance se serait trouvée justifiée.
Et mon racisme latent aurait pris racine, puisque je lui aurais rejeté la responsabilité de la perte de mon sourire.
J’aurais justifié mon comportement physique, qui prime sur la pensée.
------------------------------------------------------------------------------
texte paru dans la revue Globules n° 65 d'octobre 2005 en page 16